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Full text of "Le romant des chevaliers de Thrace"

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LE  ROMANT 

DES    CHE  VA  LIERS 
DE    THRACE. 


A      PARIS, 

Chez   ÏEAN    GEssELiNjiucS.IaqueSjàrca- 

feigne  S.  Martin ,  5c  en  fa  boutique  au  Palais^ 

en  la  Gallerie  des  p    'onniers, 

M.      DCV. 
^MC  Prinile^e  du  21qj, 


Le  Romant  des  Che- 
ualiersdeThrace. 


A  paix  cftoit  vniuer- 
felle  parmy  tous  les 
peuples  de  la  France^ 
fous  TEmpire  du  tres- 
_  grand  &  tres-vi¿to- 
rieux  Henry  quatriefine  y  toutes 
fortes  de  rebellions  &  d'animofitez 
eftoient  eiiouffees  de  Fombre  des 
lauriers  de  cet  augufte  Monarque^, 
comme  les  ferpens  de  Todeur  du 
Cèdre  :  quand  Tordre  &  le  repos 
ayans  clialfe  les  tumultes  des  guer- 
res,  conuierent  chacun  à  rechercher 
de  nouueaux  plaifirs  ^  pour  eftacer  le 

A    ij 


4 
fouuenir  fjes  infortunes  paíTecs. 
Mais  la  valeur  qui  ne  peut  eftrefans 
aótion  dans  vnl^rauc  courage  :,  non 
plus  que  lame  dans  le  corps ,  excita 
vne  genereufe  impatience  dans  Tef- 
pritduDvicdeNeuers5&  luy  fit  aller 
chercher  la  guerre  en  Hongrie ,  ou 
larmee  Chreftienne  s'oppofoit  aux 
conqueftes  de  celles  du  Turc.  De- 
puis il  voulut  reconnoiftre  les  forces 
des  EftatSjôc  celles  de  l'Archiduc ,  la 
Flandre  feruant  de  theatre/ur  lequel 
s'exerçoit  vne  tragcdie^dont  tous  les 
peuples  voifms  eftoient  fpeótateurs 
paílionnez,  &  attendans  quelle  en 
feroit  FiiTuë.  Mais  ce  voyage  finy^ayat 
par  luy  efte  feulement  entrepris  pour 
mettre  en  vfage  foniugement,  pluf- 
xoi\  que  fa  valeur ,  &  luy  de  retour  & 
de  loifir;il  fit  en  Feurier  dernier  le 
deifein  dVn  combat  à  la  barriere, 
puis  que  fes  armes  ne  pouuoient  à 


rheure  eftre  employées  en  quelque 
iîieilleure  occafion.  Les  Tenans  qu'il 
voulut  eilire  aucc  luy  furent  le  Com- 
te de  CremailjMarquis  deCoeuure, 
Baron  de  Thermes  ;,  &  Comte  de  S. 
Aignan.L'honneur  quils  fefont  ac- 
quiSjleur  mérite  reconnu  de  tous  ^  & 
fon  affedion  particulière ,  luy  firent 
faire  ce  choix  ;  qui  fe  trouua  aunî 
heureux  comme  il  auoit  efté  itidi- 
cieux.  Eux  cinq  3  foubs  le  nom  de 
Cheuahers  Thracicns^fe  refolurent 
d^enuoyerauRoy  vne  lettre. 

La  nuid  eftoit  alors  quelque  peu 
aduácee;,&la Reine  qui  faifoit  ce  meC 
me  ioir  vn  ballet  auec  les  Princeifes, 
fcmbloit  auoir  partage  le  ftionde 
auecle Soleil, luy  laiiTantles  peuples 
qui  nous  font  oppofez ,  &  retenant 
pour  fa  Majefte  noftre  Ciel,  qu  elle 
efclairoit  des  viues  lumières  de  [es 
perfections.  La  grande  falle  du  Lou- 

A    iij 


6 

ure  eftoit  pleine  de  ceux  que  la  quali- 
téjle  deuoir  &  refperance  retiennent 
auprès  du  Roy,&  d*autres  que  lacu- 
riofité  y  auoit  appeliez  :  Quand  on 
veitarriuer  dix  efclaues  Turcs  fonnas 
du  haut  bois ,  ayans  au  col^au  bras  & 
auxiambes  ¿c^  chefnes  doreesjhuiit 
Mores  vrais  bien  parez  les  fuiuoicnt, 
&  deux  Chameaux  montez  par  vn 
Tartare  &  vn  Nain.  Cefte  troupe 
paruenuë  deuant  le  Roy,  les  efclaues 
&  les  Mores  fe  mirent  à  genoux,&  le 
Naindefcédude  deiTus  Te  Chameau 
Cqui  s'agenouilla  5  ayant  eñe  ainíi 
dreíTe)  fe  profterna  aux  pieds  de  fa 
Majefte^&luyprefenta  la  lettre  des 
Cheualiers  deThrace. 


LETTRE    DES    CHEVA- 
LIERS   DE    ThRACE, 

J  P^     ROY. 


IRE 

La  renominee  de  vos 
viétoires^qui  vous  rêd 
redoute  de  tous  les 
Rois  de  la  terre,  nous 
a  fait  quitter  la  Thrace  pour  venir 
en  voftre  Cour.oiFrir  nos  feruiccs  & 
nos  vies  à  voftre  Majefté.Mais  auant 
qu  ofer  luy  demander  la  faueur  de 
baifcr  fes  mains  vidtorieufes ,  nous 
auonspcnfe  qu  il  eftoit  neceiTairc  de 
nousiignalercnfa  prefence^ennous 
cfprouuant  contre  vos  Cheualicrs. 
C'eft  pourquoy  nous  la  fupplions 
tres -humblement,  nous  permettre 
de  les  deffier  au  combat  :  afin  que  par 


8 

naílre  valeur  nous  acquérions  aíTez 
de  mérite,  pour  nous  prefenter  do- 
uant elle.  Nous  la  fupplions  aufli 
nous  donner  le  camp  &  le  iour,&  re- 
garder lesCheualiers  de  voftrcCour 
de  CCS  yeux  dequoy  vous  auez  ac-  • 
couftumé  danimer  leurs  courages 
au  combat,  afin  que  chacun  coure 
aux  armes  fans  excufe,ou  fe  monftrc 
indigne  de  vos  gcncreufes  infpira- 
tionsjôcdes  inimitables  exemples  de 
voftre  valeur. 

Le  Roy  la  leut,&  permit  aU  Nain 
d'offrir  aux  Princes  &:  feigneurs  de  fa 
Cour  ce  Chartel  en  François  &  en 
Efpagnol. 

Chanel  des  Cheualiers  de  Thrace  aux 
Paliadins  de  France. 

O  V  s  fommes  Cheualiers  dd 
Royaume  de  Thrace, nourris 

dans 


N 


9 

dans  leshazards  de  Mars^&  les  déli- 
ces déTAmour^Deitez  par  nous  égâ- 
lement  adorées,  à  qui  le  lour  &  la 
nuid  nous  ojfrons  aulïï  volontiers 
du  fang  de  nos  bleiTeures^queles  de- 
firs  denos  cœursrguerriers  infatiga- 
bles 5  auili  riches  de  palmes  que  de 
myrthes^auiîi  braues  au  combat  que 
doux  en  la  paix  ,  qui  après  maintes 
aduanturcs  acheuées,fommes  arri- 
uez  en  cefteCourt  pour  efprouucr  ce 
que  nous  fçauons  faire  en  guerre  fie 
en  amour;&  partant  nous  vous  def- 
fions  tous  au  combat ,  ne  defirans 
pour  prix  de  la  viótoire  que  l'hon- 
neur dauoirvaincu^efperant  que  nos 
Dieux  nous  feront  fi  fauorables, 
qu  armez  nous  ferons  voir  que  nous 
içauons  auili  bien  combatre  &  vain- 
cre les  Cheualiers  y  que  delarmez 
nousfçauons  bien  aimer  fie  fer uir  les 
dames. 

B 


10 

J~IO  S    PJLJDINOS 

de  Francia, 

NOfotros  fomosCauallero^  del 
RcynodeTracia^criados  entre 
los  peligrofos  trances  de  Marte  y  los 
regalos  de  Amor  deidades  que  y 
gualmenteadoramos^y  a  quienes  de 
diaydc  noche  ofrecemos  tan  libre- 
mente la  fangrede  nueftras  heridas 
como  los  dcneos  de  nueftros  cora- 
Çônes^infatigables  guerreros^tan  ri-- 
eos'  de  palmas  como  de  arrayanes, 
tan  brauos  en  la  guerra  como  man- 
fosenla  paz ,  los  quales  dcfpues  de 
acabadas  muchas  y  muy  peligrólas 
auenturas plegamos  a  efta  Corte^pa- 
ra  hazer  prueua  de  nueftras  fuerças 
en  guerra  y  en  Amor,  y  por  tanto  os 
delafiamos  a  todos  al  combate, no 
bufcando  otra  cofa  por  premio  de 
nueftravi¿loria,fmo  la  gloria  de  auer 


II 
vcncidojCon  efperançaque  nucílrros 
Diofes  nos  han  de  fer  tan  fauora- 
b.les ,  que  eftando  armados  daremos 
mueftra  que  podemos  tato  en  com- 
batir y  vencer  a  los  Caualleros>  co- 
rnos defarmados  fabemos  bien  amar 
y  feruir  a  las  Damas. 

LE  Duc  de  Neuers  &  fa  troupe 
fçauoient  bien  que  TAmour 
neftoitpointadoxeenThracejOÙles 
peuples  furent  feulement  adonnez 
aux  armeSj&  fi  belliqueux^queMars 
citant  leur  feul  Dieu,  onluy  donna 
le  nom  de  Thracien,  Mais  pource 
qu'en  des  efprits  polis ,  lardeur  de  -la. 
gloire  eft  toufiours  accomparaee 
des  flammes  derAmourjils  trouue- 
rentbondele  donner  pour  compa- 
gnonaMars^afînaadoucicia  rudei- 
fe 5  &  tefmoigner  par Tvn  &  par  lau,- 
tre  les  effets  de  la  guerre  &  de  la  oaix. 

B    li 


La  lettre  &:  le  Chartel  receus,  le 
lour  du  combat  fut  aiïîgne  au  21.de 
Feurier^afîn  que  les  airaillants  euf- 
fcnt  loifir  de  preuoir  ce  qui  leur 
eftoitnecelTaire. 

La  falle  de  Bourbon  choifie  pour 
le  Camp  Ja  moitié  fut  deftinéepour 
les  Tenás,&:  l'autre  pour  ceux  qui  fe 
prefenteroientàla  barriere.Les  deux 
rancs  des  galleries  furent  dés  les 
neuf  heures  du  foir  occupées  par  les 
Dames^qui  s'ertoient  tellement  pa- 
rées de  brillants  &:  de  pierreries ,  que 
ceux  qui  leuoient  les  yeux  ne  pen- 
ioient point  que  la  Salle  fuft  enui- 
rónnée  d'autres  parois  que  du  Ciel, 
dans  lequel  les  aman  es  remarquoict 
leurs  Altres  plus  fauorablcs. 

Le  Roy  &  la  Reine  arriuans^tou- 
te  ralTembléc  fe  contint  aux  lieux 
qui  luy  auoient  efté  deftinez ,  &  par 
vn  filence, témoigna  le  refped  qu'el- 


le  rendoità  leurs  Majeftez.  C'eft  vnc 
particulière  faucur  du  Ciel  qui  affifte 
le  Roy ,  &  faid  que  fes  armes  efton- 
nent  íes  ennemis  ;  la  vérité  de  fes  pa- 
roles aifeure  les  Rois  fes  alliez; fa 
clémence  oblige  fes  fubiedsaTaf- 
fedion  &  à  robeyíTancejoc  Tair  de  fa 
grâce  guerrière  difpofc  tous  ceux 
quilevoyentàlamodeftie.  Chacun 
auiïi  tournoit  (es  regards  &  fon  ad- 
miration vers  fa  Majefte^quand  vn 
grand  (on  confus  de  tambours  &  de 
trompettes  les  diuertit  du  coftédu 
bruit^j&leurfitiugerquec'eftoitl'ar- 
riuée  des  Tenants;  par  la  prefencc 
dVn  Cheualier  qui  parut  d Vne  fa- 
çon auili  braue  que  retenue.  C'cftoit 
le  fleur  deCourtauenetjVeftu  d  mear- 
nat  &:  de  blancjlequel  tenant  vne  pi- 
<|ue  en  ia  main ,  &  s'auançant  à  pas 
lents  Scgraues^elloit  fuiuy  d VnMo- 
re^  habillé  de  blanc  &  de  noir,  fon- 

B    ni 


nant  du  hault  bois,à  rharmonic  dur- 
quel  s'accommodoient  huid  autres, 
marchans  deux  à  dcux^&parez  com- 
me le  premier.  Leurgraue  Mufiquc 
fut  bien  ouye,mais  no  pas  tant  qu  el- 
le euft  eftcjfi  Tonn'euft  veuarriuer 
vn  chariot  de  triomphe  à  Tantique, 
doré  5  azuré,  &  peint  des  trofees  de 
Mars  &  d'Amour.  Il  eftoit  conduit 
par  hui¿t  Efclaues^de  nations  diffé- 
rentes, Efpagnol,Tartar  e^SuiiTeJn- 
dien^TurcjSauuage  ^  More  &  Alle- 
mand naturels  ,  vertus  des  plus  ri- 
ches habits  de  leurs  pays ,  tefte  nues, 
defarmez:,enferrez  de  groiTes  chef- 
nés  dorées  5  &  attachez  au  chariot^» 
qu'ils  trainoient  dVne  main^S:  por- 
toientvn flambeau  de  Tautre, com- 
me captifsjdediez  aux  Dieux  des  Te- 
nants. C'eftoit  MarSjCouuert  d'ar- 
mes argentées  &  releuées  àTantique: 
&  l'Amour  ayant  les  yeux  bandez. 


î5 
íes  ailles  au  dos^fon  arc  turquois  da- 
mafquiné ,  Se  fon  carquois  de  ve- 
lours incarnat5&:  de  clinquant  d'or. 
Sur  le  deuant  du  Chariot  eftoit  aiTife 
vne  Viûoire  tenant  des  vers  en  ia 
main,faiupe  eftoit  de  gaze  blanche, 
furfemcede  fleurs  &  de  rofes  incar- 
nates y  fa  coiffure  de  guirlandes  &  de 
lauriers ,  &  fes  grandes  aifles  d*or: 
Mais  d'autant  qu  elle  ne  pouuoit  at- 
teindre lufques  au  throine  Royal, le 
fieur  de  Courtauenet  prit  les  vers 
qu  elle  gardoit  en  fa  main,&  après  la 
reuerencedeuë  les  prefenta  au  Roy, 

LA     VICTOIRE, 
A  V     Roy, 

C'£/?  moy  qui  Vais  donnant  les  Emfires 
domte:^^ 
Le  Triomphe  ¿r  Fhonneur  marchent  â 

mes  cojle:^^ 


i6 
La  fortune  me/ùitjavaleurmepre/àge; 
La  peur  fuit  dctMnt  moy  yvommevn  tnjie 

démon  ^ 
A  qui  refient  fans  plus  les  pieds  (¿r  le 

poulmon; 
jM[ais  qui  ri  a  point  de  fang  ^  non  plus  que 

deVtfage. 
L  ong  temps  foubs  les  tomteaux  des  Jnti-^ 

ques  Romains 
Tay  dormy  parejfeupy  (¿r  fans  yeux  ^  &" 

fans  mains: 
Mais  au  bruit  de  Vos  coups  k  me  fuis  éueil-i^ 

lee  y 
Tay  fuiuy  Vos  combats ^adore  Vos  vertus  ;  , 
Au  fang  des  ennemis yparVos  mains  abatus^ 
Pour  ne  Voíís  quitter  point  Jay  mon  aifie 

mouillée. 
Au  renom  de  Vos  faióís  par  le  monde 

eJ^and'HSy 
Ces  braues  Thraciens  fe  font  icy  rendus  y 
Pour  Vous  faire  iuger  leur  Valeur  memo- 
rable^ 

Et 


\ 


I 


17 
Et  que  rien  de  fi  grand  nefouuat  /efiimer^ 
Sinon  la  fermeté  dont  ils  fçauent  aimer ^ 
En  tvne  comme  en  ï  autre  ils  n  ont  point  de 

jimhlable. 
JSdars  luy-mefine  &  ï Amour  par  leurs 

V{ruz  appelle-:^^ 
Pour  ejlreen  leurs  comhats  yfi)nt  du  Ciel 

deuale:^y 
Deuant  eux  p)nt  conduits  des  Efi:Uues  de 

guerrcy 
Qui,  trainentenferre':^  ce  Char  viélorieux: 
Vn  François  y  dejfaut,  pour  offrir  à  ces 

Dieux 
Les  guerriers  plus  baillants  des  peuples  de 

la  terre. 
Mais  en  vous  contemplant  ^  Mars  %- 

mefi^ie  efionnéy 
V^ousdone  fi)n  ej^ée^a  Vos  pieds  pr ojíeme, 
(L honneur  ¿r  le  deuoir  forcent  ïire  O*  la 

rage:) 
Et  dit cj^uevos regards  inf^irans  la  valeur^ 
Jinfiquek Soleil  inj^irela  chaleur, 

C 


í8 
Qh  ti  ne  faut  que  Vous  Voir  pour  auoir  ih 
courage. 
L  Amour  qui  de  la  Reine  adore  les  heau^ 

Luy  présete  fes  transadas  le  Ciel  redoute:^. 

Et  luy  cede Fhoneurquiláuoitparle  mode: 

Car  farareVertu^quiVousa  peu  charmer:, 

Blejfant  Vn  cœur  plus  grand  que  la  terre 
&  la  mer  y 

Rend  fon  pouuoir  plus  grand  que  la  terre 
&  que  tonde. 
PuiJüeZ'^oHS  y  exerçant  la  Clémence  ou 
le  fer ^ 

Plein  dans  ¿r  de  hon-heur  du  monde 
triompher^ 

Rendant  fûuhs  Vos  deffeins  la  fortune  ré- 
duite^ 

Grand  Roy  des  plus  Vaillans^&  la  crain- 
te &î  honneur  ; 

Car  ce  quaux  Empereurs  on  appelloit  hon- 
heur:,  . 

N'ejlen  Vous  que  l'ejfe^l  dvne  fage  con- 
duite. MOTIN, 


î9 

MArs  paflant  dcuaut  fa  Majcfte 
luy  ceda  par  la  main  du  mefmc 
Gentil-homme  les  armes  quil  auoit 
en  la  fienne,çomme  au  plus  vaillant, 
&:  au  plus  heureux  Monarque  du 
móndenle  reconnoiíTant  déformais 
pour  fon  lupiter.  Amour  aufli  par  la 
mefme  main  donna  les  Tiennes  à  la 
Reine ,  luy  dciirant  la  poíTeíTion  des 
volontezde  ce  graftd  Roy^auiTi  du- 
rable Scabíoluejcomme  fesbcautez 
eftoient  extrêmes,  &  fes  vertus  infi- 
nies. 

Pendant  qut  les  vers  ic  lifoient,lc 
chariot  euft  le  loifir  deparacheuer 
le  tour  du  Camp,  &  de  fe  rendre  au 
lieu  ou  les  cinq  Tenants  Tattendoiét, 
lefquels  animez  par  leur  naturelle 
gcnerofite ,  S:  par  tant  d'objets  ho- 
norableSjGommandcrent  à  leurs  Ef- 
cuyers  de  faire  marcher  leur  troupe. 

Douze  Tambours  auec  trois  fi- 

C    ij 


10 

fres  vcftus  de  toile  ci  argent  incarna- 
te  &  blanche3Commencerent  à  batre 
brufquemét.  Douze  Pages  veilusde 
grandes  cafaques  de  la  mefme  eftof- 
Fe  les  fuiuoient,  marchans  trois  à 
trois^ayans  chacun  deux  flambeaux 
¿c  cire  blanche  à  la  mainrfix  efcuyers 
parez  de  mefme  ^portans  les  efpées 
&  les  efcus  des  Tenants.  Le  fieur  de 
Lauardin  Marefchal  de  France  alloit 
après ,  ("comme  Marefchal  de  camp) 
vcftude  toile  d^argent^auec  vne  infi- 
nité de  pierreries^ôc  attirant  les  yeux 
¿t  beaucoup  de  ieunes  Seigneurs  & 
Capitaines ,  qui  s'eftans  trouuez  en 
•des  charges  foubs  fon  heureufecon- 
duitc^recitoient  auec  autant  de  veri- 
té  que  de  merueille  les  efFeds  de  fa 
valeur  &  de  fon  iugemenc.  Apres  luy 
venoicntles  Tenants^rempUs  d Vne 
courageufe  ardeur  de  combatte,  & 
de  monftrer  leur  adreife  en  la  pre- 


21 

fencc  de  ce  grand  Roy  5  luge  le  plus 
capable  &  le  plus  équitable  que  Ton 
euft  peu  choifir.  Ils  defFererent  au 
mérite  &  à  la  qualité  du  Duc  dç  Ne- 
uers  rhonneur  d* entrer  le  premier, 
armé  comme  les  autres  quatre^d  ar- 
mes argentées/ur  vn  habit  incarnat, 
chargé  de  clinquant  d  argent  ^auec 
vne  infinité  de  plumes  incarnates  & 
blanches.  Son  Port  heroïque/a  de- 
marche  fi  braue ,  &  fa  façon  fi  guer- 
rière 5  le  firent  admirer  par  vne  par- 
tie des  fpe¿tateurs,&  enuiér  par  l'au- 
tre :  Mais  TEnuie  fe  trâsformoit  auiïi 
toft  çn  eftonnernent  &  en  crainte^  & 
cedoit  aux  loiiaAges  &  bencdidios, 
que  la  vérité  tiroit  de  la  bouch  e  &  du 
coeur  de  ceux  qui  le  regardoient.Les 
quatreTenants  le  fuyuoient  enfem- 
ble  de  front ,  la  pique  fur  Tefpaule^ 
auec  vne  contenance  aulfi  releuée 
comme  ils  en  auoient  faid  naiftrc 

C   iij 


12. 

d'efpoir  en  toute  laiTemblee.  Le 
Comte  de  Cremail^de  qui  la  grâce  fe 
rendit  autant  fignalée  corne  les  rares 
inuêntions  de  fon  bel  efpric  (  auquel 
on  doit  Tordre  de  ce  deflein  j  obli- 
gent les  curieux  aie  rechercherjôc  les 
Içauans à luy porter  delà  reuerence. 
Le  Marquis  de  Coeuùre^de  qui  le 
courage  aduoué^mefme  par  la  bou- 
che de  fes  propres  ennemis ,  ne  fç 
peut  taire  que  par  vn  muet.Le  Baron 
de  Thermes  5  auquel  la  Flandre  fer- 
uira  de  tefmoin,  contre  ceux  qui  luy 
voudroient  debatrela  gloire  de  fon 
merite^ôcleComtedefamâ:  Aignan 
aufli  plein  des  defirs  de  Mionneur, 
comme  chacun  cft  alTeure  de  fon 
courage.  Ilspaííerentencet  equipa- 
ge  iniques  deuant  leurs  Majeftcz:, 
quils  faluerent ,  attirant  tellement 
raiTemblce  à  les  regarder^que  Ton  ne 
veit  point  tomber  vne  tapiiferie^der- 


riere  laquelle  parut  vn  grand  pauiU 
Ion  de  toile  d  argent^barrée  d'incar- 
nat,&de  blanc:  &  au  deiTus  en  des 
iiegcs  eminents  couuerts  d Vn  Daiz, 
Mars  &  r Amour  tranfportez  par 
enchantement,  ou  pour  mieux  dire 
par  vne  puiiTance  diuine  pour  aiTifter 
les Tenants^ôc  delà fauoriier  toutes 
leurs  entreprifes.  Vne  CaiTolette  fort 
douce  rendoit  vn  agréable  vapeur 
fur  vn  autel  dedie  à  ces  Dieux ,  de- 
uant  lefquels  les  Tenants  fe  profter- 
nerent ,  &  fe  mirent  après  foubs  leur 
pauillon  en  des  chaires  fort  riches, 
préparées  pour  eux.  Leurs  Efcuy ers 
attachèrent  à  vn  Perron  leurs  efcus, 
fur  lefquels  eiîoient  les  deuifes  ou 
cmblemes^auec  les  infcriptions  qui 
fuyuent.  En  celuyduDuc^couuert 
de  toile  d'or  azureejcftoit  vn  Soleil 
d'ordasvnZodiaque^auec  ces  mots 
en  lettres  dargent^A^/  mç  hudmatras 


^4 
ni  me  defuio  :  le  ne  me  retourne  cii 

arriere ,  &  ne  me  fouruoye .  Les 
aótions  de  ce  Prince  fe  rapportent 
tellement  à  ià  deuife,qu  elles  luy  fer- 
uiront  touiiours  d* explication.  Le 
Comte  de  Cremail  portoit  fur  vn  eC- 
cude  fatin  blanc  vn  Indien, qui  re- 
garde &  adore  le  Soleil  Adoro  quien 
Vie  Querría  y  ladore  ce  qui  me  bruflc. 
Vne  belle  ame  &  forte  comme  la  fié- 
ncjn' eft  point  capabled  autre  palîion 
nyd  autre  contrainte  que  de  celle  de 
TAmour.  Le  Marquis  fur  vn  pareil 
cfcu  que  le  Comte  auoit  vn  foudre, 
&  au  deifus  Ardiendo  Quemo^ic  brulle 
&fuisbruilé.  Le  Baron  de  Thermes 
vn  monde,  fur  lequel  eftoit  vn  bras 
tenant  vne  efpee  Ño  Bafia ,  il  ne  fuiEt 
pas.LeComtede  S.  Aignanvn  Tem- 
ple ouuert  aifez  pour  y  remarquer  vn 
autel ,  deuant  lequel  eftoit  apendu 
vn  veuauec  cet  Hemiftiche/cyo^i- 


>fj  arma  Vouete.úníi  fauuez^^oftrez  vos 
armes.  Les  couleurs  de  tous  cuiq  fu- 
rent rmcarnat  &  le  blanc  :  quelque 
oarciculiere  amoureuie  inchnation 
les  leur  fit  choiiir  ;,  pluíloí-t  que  pour 
Tefclat  quelles  rendent  aux  flam- 
beaux:Eux  &  leur  troupe  en  eftoienc 
parez ,  Se  faifoient  donner  aux  Che- 
ualiers  &  aux  dames  ces  paroleS:,quc 
les  Efpagnolsapellent  Letreros^plei- 
nés  d'nitelligéces  &  de  pointes  pour 
leur  paiTion^Sc  plus  agréables  enleut 
langue  qu'en  la  noitre ,  attendans 
auec  vne  honorable  impatience  que 
deux  Cheuaiiers  arriuez  dans  le 
Camp  fefuííent  approchez  delà  bar- 
riere. 

LOS     CAVALLEROS    DE 

Thracià  a    LOS    Pala- 

duios  y  Damas  de  Francia. 

Viendo  el  Sel  y  los  Dio  fes  el  magnifico 
apParato  de  nuejlras  armas  temieron 

D 


de  Vna  fegundd  guerra  y  y  por  efjo  mtidan- 
dofe  en  dtuerfds  formas  defampararon  a 
los  Cíelos, y  ejla  es  la  caujà porque  tenemos 
la  nothe. 

LOS    CAVALLEROS    DE 

ThRACIA    a     LOS      PALAfT 

dinos  de  Francia. 

CAualleros  faheis  porque  tenemos  la 
noche  ks  porque  auemos  emhiado  al 
Sol  como  Vno  delos  mas  VeloXes  ^y  ligeros 
correos  del  Cielo  para  anunciar  a  todo  A 
mundo  que 'Vos otros  aueisde  fer  Vencidos.   . 

LOS     CAVALLEROS     DE 

Thracia  a  los   Pala* 
dinos  de  Francia, 

SI  tan  gran  fuerça  tuuiejfen 
V^ueñras  lenguas  habladoras, 
Que  fohrepU]ar  pudtejfen  '^ 

Las  ej^adas  cortadoras. 


^7 
Tan  fegUYos  de  la  V^téíoria-: 

Oí  podriddes  tener. 

Como  vfanos  de  la  gloria  = 

S^remosjejfues  de  Vencer. 

LOS     CAVALLEROS     DE. 

Xhracia   à   los    Pala- 

dinos  de. Francia. 

EL  Cauallero  que  muy  impaciente  . 
De  lexos  Va  fu  pica /acudiendo 
Peligro  corre  no  la  ejle  rompiendo 
Antes  que  ligue  a  la  pelea  ardiente, _: 

LO;S    CAVALLEROS    DE 

Thracia  a  las. Damas. 
de  Francia. 

S  Y  en  duro  hierro  ques  metal  tan  frio^ 
Fuego  fe  halla  cofa  tan  caliente  y 
Como  no  le  ay  en  coracon  ardiente? 


LOS     CAVALLEROS     DE; 

Thracia   a   las   Damas 
de  Francia. 

SEímor¿is  jtVíícfiros  CauaUeros  no  mu- 
rieren oyendo  mentar nucfiros  nombres^ 
por  cierro  ellos  ferdnmuy  ánimo  fos.ytam-: 
hien  fino  perdieren  la  Vifla  con  la  re/plan- 
dorde  nuejlras  eJpadaSj^ellos  fon  j^guilasy 
podran  bien  mirar  al  Sol  yj  f¡  ojaren  le- 
uantar  las  armas  contr¿i  nosotros  leones  fe- 
ranyf  podran  nombrar  m  ay  es  for  gados yy 
(¡refijHerëà  tres  o  quatro  golpes  de  nuejlros 
fuertes  bracos  feran  ellos  hadados  y  pueden 
andar  por  toda  la  tierra  a  debatir  el  premio 
delVdlor  y  centra  todos  los  demos  Caualh-- 
ros  del  mundo. 

LOS    CAVALLEP.OS     D^ 

Thkacia     a    los    P  alad  i-     ■• 
nos  y  Damas  de  Francia. 

SI  aquejlos  Caualleros  Vieffen  la  figura 
qtieya^eefculptdaen  mi  coraçon^nin-. 


29 

guno  âellos  feria  tan  o  fado  de  offenderm^ 
con  [mar  mascantes  habiendo  fe  efcUuode 
la  tal  imagen  arrojaría  ftís  armas  a  mis 
^  tés, y  JO  quedaria\>ençedor  fn  combatir. 

LOS     CAVALLEROS     DE 

Thracia     a    los    Paladi- 
nos  y  Damas  de  Francia. 

Avéneme  Venimos  armados  contra  los 
Qauallerosy  no  lo  fomos  contra  la& 
Damas  ^  jorque  el  hierro  que  nos  cubre  na 
ejla  templado  de  fuerte  que  pueda  reffiir  a 
las  flechas  del  ^  mor:,  elqual  nos  hiere  con 
\ueJlros  ojos  bellos, 

LOS     CAVALLEROS^E 

Thracia     a.   las     Damas 
de  Francia. 


M 


rentras  los  golpes  grades  de  muerte 
Sobre  losjelmos  nos  va  martillado^ 
D    iij 


^o 


El  Amor  que  no  ejla']a77iasrefofando 
En  los  coraçonesms hiere  mds  fuerte. 

Los  Caualleros  de  Thracia  a  los  Pa- 
ladinos de  Francia. 

HVyâCdmllercs  do  nu^fkds  ejpadds 
Las  crudas  heridas  fieras  y  mortales 
Lafangre  de  monftruos  las  ¡nXofèr  tales^ 
Porque  de  matarlos  fon  auenenadas. 

Los  Caualleros  deTliraciaaUs  Da-i 
mas  de  Francia. 

QEignora^  hien  podréis  ver 
En  efte  trance  de  marte", 
Lo  que  Valdrá  en  el  arte 
De  Venus  y  nuefiro  poder. 

Los  Caualleros  de  Thracia  a  las  Da- 
mas de  Francia. 

P  Or  Ver  de  nueftras  armas  tan  lucidas 
La  gloria,  j  de  los  golpes  las  mellan 


jéuia-  de  auer  mas  foies  ,y  eJîreÎIds 
Que  hachas  aquife  Veen  encendidas.^ 

LosCauallérosde  Thracia  a  las  Da- 
mas de  Francia. 

ROmpefe  la  pica  muy  dura 
Mas  mi  pena/tempre  dura. 

Que  fruen  tan  fuertes  hraços 
Smo  pueden  romper  mis  laços. 

Quien  romper  quijïere  con  huen  medio 
Es  mené  fer  que  rompa  en  el  medio. 

El  Mandado  que  me  Vençio 
Defarmado  me  cogio. 

Los  Caualleros  de  Thracia  a  las  Da^ 
mas  de  Frajticia* 


H 


Ermofas  Damas  no  os  de  cuydado 
El  combate  que  Vejs  de  cuchilladas 


í 


■^2 

Que  déjoues  défie  tenemos  guardada 
Para  otro  ^  muy  mas  re::(ias  efiocadas. 

Los  CauallerosdeThracía  a  las  Da- 
mas  de  Francia- 

HErmoJasDamas  no  ^y ais  miedo  qui 
maltratemos  a  vuefiros  Caualieros 
Jólo  auemos  querido  haT^rles  efie  '  fauor 
puedan  experimentar  fus  fuerças  contra 
nosotros  ^  para  que  les  tengáis  mas  Amor, 
qu4^'do  vieredes  que  auran  refifiidoatreí 
o  quatro  denueflros  golpes  que  les  daremos 
como  por  hurlas  yy  pasatiempo. 

Los  Caualieros  de  Tliracia  a  las  Dà-  1 
mas  de  Francia^ 

Ljés  llamas  ¡qué  aquí  veréis  fkhitndo   1 
Salir  de  nueflras  armas  encendidas   | 
Centellas  fon  que  falen  facudidds 
Del  coraçon  que  en  fuego  fe  efia  ardiendo. 

Le    i 


33 
Lé  Duc  de  Guife  cftoit  Tvii  des 

deux  (jui  parurent  les  premiers  (Prin- 
ce glorieux  d'auoir  faidt  paroiftre  fes 
armes  fi  dignement  en  la  Prouence 
&  ailleurs)&:  le  grand  Eicuy er  de  Frá- 
ce  lautre^^gratiHe  de  la  bien-veillance 
de  £\  Maj  eil4a  caufe  de  fes  rares  qua- 
iitez.  Ces  deux  entrerétles  premiers^ 
prenants  le  nomade  Roland  &  de 
Roger  y  lefquels  ayans  euaduis  dans 
les  champs  Elilees,que  cinq  Clieua- 
liersdeThracevenoient  déifier  tous 
les  Palladins  de  la  Court  de  France, 
eftoient retournez  furia  terre^pour 
vanger  llionneurde  leur  pays^oûils 
auoient  efleué  tant  de  defpouiUes  & 
de  trofées  des  plus  redoutables  guer- 
riers de  tout  le  monde.  Leur  équipa- 
ge eitoit  de  fix  tambours  ,  deux  fî- 
FreSjfix  pages  portas  des  flambeaux, 
&  de  deux  Efcuyers.les  vns  &  les  au- 
eres  veitus  de  fatin  blanc  en  broderie 

E 


34 
d  or.Leficur  de  Feruaqucs^qui  paría 
réputation  s'eft  acquis  rhonneur 
d'eftre  Mareichal  de  France  ,  cftoit 
leur  Marcfchal  de  camp.  Eux  aucr 
des  armes  d  argent  releuees  de  figu- 
res &  de  trofees  tenterêtles  premiers 
1  abord  d^s  Cheualiers  de  Thracc, 
aufquels  ils  enuoycrent  ce  Chartel, 
auRoy^àlaReine  &  aux  Dames  ces 
autres  vers. 


CHARTEL    POVR     LES 

Vmbres    de    Rolland 
&  de  Roger ,  aux  Cheua- 
liers Thracicns. 

C'EJl  RoUand/fJl  Roger^ccHX  dont  ia 
renommée 
En  F  Europe, en  { Afrique ^en  ÏAfte  fe- 

mécy 
Ah  milieu  des  périls  a  hajly  mitieamels. 
Ce  font  les  me/mes  cœurs^^fouhsks  mef 
mes  Idoles, 


35 

Oui  reuiennent  du  monàe^  au  hiuit  de 

vos  Cartels  y 
Four  Voir  fi  Vos  hras  font  pareils  à  Vos 
parolles. 

La  Voix  de  Vos  défis  portee  dans  la  nue. 
Et  lufques  aux  enfers  des  Vimbres  re- 

connuëy 
Kapelîe  ces  Héros  ala  ciarte  du  tour, 
Quivous  feront  ceder ycomme  Mars  de 

la  terre 
A  leur  fidélité  lesAiyrthes  de  t  Amour, 
Et  a  leurs  fronts  Vaincœurs  les  lauriers 

de  la  guerre. 

Que  fi  Vous  ne  vmle:(^  leur  rendre  cefi 
hommage 
Leur  de ftin, leur  Valeur  ^  leur  force  ¡leur 

couragCy 
''Et  leur  bras  par  le  fer  Vous  y  fera  rager: 
Ils  couurirontles  champs  &  defang  & 
de  larmes  y 

E   i) 


Carnejl-ce pas  Rolland  (^  ÏVnique 

Roger  .* 

Vçjfrcy  de  fcffroy  mefme^  &  ¡a  p-loire 
des  Armes, 

M  O  N-G  A  ILLARD. 


AV   ROY   ET    A    LA  ROY- 

K  E  ,     P  O  V  R     L  L  S      V  M  B  R  E  S 

de  Rolland  &. de  PvOixcr. 

NO  usViuions  en  repos  dans  les  champs 

JJurcs  des  palpons, qui  ne  us  ont  maitrifees, 
jVoî^s  deux  dont  !a  vaillance  a  hraué  tout 

danger  y 
y^mbrçs  dn  preux  Rolland  (¿r  du  fameux 

Ro^^er 
Ofiand  le  bruit  du  deffy^dont  la  guerrière 

audace 
De  CCS  cinq  Cheualicrs  ne^  es  plairresde 

Thrare 
Envcfîuë  en  la  Cour  du  Ceiardfs  ç-rands 

J  J  o 


Jppeller  au  combat  les  Paladins  François, 
A  reueille  dans  nous  cefie  première  enuiCy 
Qui  nous  fift  pour  l'honneur  mejfrifer 

noflre  Vie, 
Et  dvn  ardant  dejtr  de  reuoir  les  combats 
Nou^  a  faiéï  repaffer  les  fleuues  de  la  bas  y 
Pour  leur  monflrer  quencor  tot*^  Vimbre 

que  nous  fommes. 
Nous  lui  fon  s  en  Valeur  deuant  les  yeux  des 

hornmesy 
Autant  que  Cheualiers  dont  ¡afaueurde 

Mars 
Face  efclairer  ta  gloire  au  milieu  des  ha- 
sards , 
Etquencorla  bonté  deno^  antiques  lames 
Tranche  pour  le  feruice  &  des  Rois  &  des 

Darnes, 
Mon  moins  heureujement  que  ï acier  pltis 

brillant, 
Om  leur  arme  le  bras,  ieune  enfemble  & 

Vaillant: 
Cefl  maintenant  à  Vous, grand  Afonarque 

de  France, 


3» 
Et  y^ous  Roynefans  fait  y  &  Voui  nofire 

cj^erance. 
Dames  de  quiles yetix  font  toujtours  nos 

Vainqueurs 
Sivomaue^  àgre  te%eledenoscœursy 
A  nous  le  témoigner  ^ar  les  Vijibles  char- 
mes t"^"^^' 
De  quelque  doux  regard  iette  dejfus  nos 

armes. 
Si  Vous  nous  aj^ifie:(^  des  faueurs   de 

Vojhreœily 
Nous  Vaincrons  des  plus  fiers  levaleureux 

orgueily 
Monjhrant  j^ar  ce  que  peut  Vne  Vaillance 

extrémcy 
Denenejlre  pointîVmhre  yéns  laveritc 

me/me.      B. 

~    AVX    daIvîTsT 


B 


Elles  pour  Vous  feruir,  &  dompter 
[arrogance 


3^  . 
D€  ces  ieunes  Nards  qui  fèmcnt  far  U 

France 
lene  fçaj quels  cartels  tous  remplis  de 

fiertéy 
Et  Rolland  í¿r  Roger  ces  foudres  de  la 

guerre. 
Plains  d'ire  &  de  Valeur  tournent  a  la 

cUirtéy 
Pour  Voir  qui  deuant  eux  faroiftra  fur 

la  trrre. 
Ces  fameux  Palladins ,  ces  Vainqueurs  in- 

dompte:^ 
Ayans  tant  de  guerriers  par  armes  fur- 

montez^ 
J^ous  vienne  t  rendre  homage^oheaute^ 

fouueraines. 
Car  le  trait  d^Vosjtux^^  Jes  rend 

fortune:^  > 
Faifl^ue  MarsJeMrfromet^pmrloyer 

de  leurs  peines. 
Que,  parvos  belles  mains  Us  Jerontcou- 

ronne:^. 


,  4^ 
Qe  comhdt  dcheué  toute  leur  ejj^ermce 

Efl  degrauer  par  tout  par  le  fer  de  leur 
lance 

Le  refpeóí  quon  Vous  porte  &  F  hon- 
neur quon  Vous  doiht  : 

Oue^  comme  Vous  force:^  les  plus  fiers 
par  Vos  charmes  y 

Ils  fouhfinettront  fouhs  eux  tout  ce  que 
lecielvoid. 

Et  ne  deuront  au  a  Vous  la  gloire  de 
leurs  armes. 

MONGAILLARD. 


R 


Oland&  Roger  eftoient  enco- 
res  aux  mains  aueclesTenans, 
quand  quatre  Cheualiers  Numides 
fe  crouuerent  à  la  porte  du  Camp, 
pour  fe  monftrer  auiTi  ennemis  des 
Thraciens ,  comme  leurs  regios  font 
contraires.  Les  Numides  tirans  leur 
aduantagc  d'eftre  plus  voifms  du  So- 
leil ^  &  dje  viure  en  gentils-hommes  | 

^  repro- 


4î 
reprochoient  aux  autres  lair  groiuer 

de  leur  pays  ^  &  leur  feruicudc  foubs 
la  tyrannie  du  Turc.  Leur  entrée 
commença  par  fix  tambours  &:  deux 
fifres  ;>  habillez  de  iatin  gris  violent, 
&  iaune  paille^huiâ:  pages  veftus  à  la 
Turque  des  mefmes  liurees ,  ayant 
chacun  deux  flambeaux  de  cire  blan- 
che,  cinq  Mores  Nains ,  les  quatre 
portans  leurs  efcus^Sc  le  cinquicfme 
des  vers  pour  le  PvOy&  pour  les  Da- 
mes 5  quatre  Efcuy ers,  parez  de  fatin 
noir^auec  du  clmquant  d'or.  Le  fieur 
deSaindtGeran^dequilcs  délices  ont 
toufiours  elle  de  le  trouuer  dans 
les  armées  pluftoll  qu  en  autre  part, 
leur  feruoit  de  Marefchal  de  camp, 
auec  vn  habillement  de  toile  d'or 
noire.  Eux  quatre  de  front  le  fuy- 
uoient^ayant  tire  au  fort  qui  comba- 
troit  le  premier,  il  aduint  au  ficurde 
Nangy  ;  Son  efcu  clloit  chargé  d'vn 

F 


•4^ 
Cigne  en  des  vndes  ^  auec  ces  paroles 

Nil  nifi  tela  louis ^úcw  que  les  traits  de 
lupiter.  Lefieur  de  Dunes  auoitau 
fien  vn  Centaure  perce  de  fleches  :iVe 
quifquam  Udat  amorem^  que  perfonne 
n'oftencc  mo  amour.  C'eftoit  renou- 
uellerla  vengeance  que  prit  Hercule 
du  Centaure^qui  luy  vouloit  rauir  la 
Maifl:reirc:&:  les  menaces  de  ceChe- 
ualierporteroiencvnmcfmc  efteólXi 
quelqu  vn  le  vouloit  trauerfer  en  les 
ajfteclions.  Le  Baron  deSeneçayna- 
uoit  autre  chofe  en  ion  eicu^  que  ces 
motSylSion  inamoremÀlny  en  a  point 
contre  Amour.  Voulant  rcprcfenter 
qu  il  n  y  a  point  de  bouclier  à  Tei- 
preuue  des  traits  de  ce  Dieu.  Le  Ba- 
ron de  Vitry  auoit  pour  fa  deuife  des 
armes  percées  de  fleches, auec  celle 
infcriprion  ,  Sohis  Amor  potuit ,  TA- 
mour  feul  Ta  peu  :  S'aiTcurant  que 
d'autres  ne  le  pourroient  oilencer. 


^3 

LeurMarefchalde  Champ.prcfeiita 
leurs  Chartcls. 


CARTEL    PO  VR    LES 

CHEVALIERS      NVMIDES. 

AV    ROY. 

DV^  nuage  d'Afrique  ^  oh  sejleuoit 
CarthaçrCy 
Nom  cherchons  Vn  grand  Roj  y  pour 

auoirtaduantage 
Ne  pouuant  limiter  y  d'adorer  ce  V^ain- 

qucury 
Qui^hien  que  fes  beaux  faits  rauiffent 

tout  le  monde  y 
Son  cœur  eflant  pbis  grand  que  la  terre 

(¿r  que  ï  onde  y 
Fait  que  ft  renommée  efi  moindre  que 

fon  cœur. 
Si  les  de  fin  s  rendoientnos  armes  mal-heu-r 

reufesy 
Nous  Voudrios  que  ce  fuflparfes  mains 

p-enereufcsy  E   ij. 


44 
Suiudnts  tant  de  GuerriersVifUmes  dn 

trej^dSy 
Oui  tomhc:^  a  fes  pieds  dvnc  mort  me-^ 

morahle^ 
Ejliment  dans  la  tombe  Vn  honneur  fa- 

uorahUy 
D'auoir  perdu  l honneur  fouhs  ï effort 
de  fes  bras, 
Jvîais  que  de  ThraciensVne  troupe fe  Vante 
Plus  que  tous  Cheualiers  amoureuje  & 

vatllantey 
Et  Vueillefon  courage  éprouuer parle 

fer, 
Ceft  ce  qui  iuftement  aux  armes  nous 

dijfofe  : 
Car  aux  Numides  cœurs c'efivne  mef 

me  choje 
Oue  menacer ^comhatre  &  Vaincre  y  & 

triompher. 
Grand  Roy  permettez-nous  de  leur  faire 

connoifrcy 
Quainfque  tœil  du  monde  en  nos  chaps 

faifl  paroiftre 


45' 
Plus  quen  leurs  monts  gele:^  fa  celejle 

vigueur: 

Nom  en  auons  plus  queux  nais  aux  ne- 
ges  de  Thracey 

Enïej^riîde  lumière  ^  au  courage  i  au- 
dace^ 

Aux  deftrs  de  grandeurs ^&  de  flammes 
au  cœur. 

CARTEL     FÔV  K     LE  S 

« 

Chevaliers    nvmides. 

AVX     DAMES. 

QVI peut  de  nos  bras  indomte:^ 
Attendre  les  coups  redoute:^^ 
Sans  craindre  &*  changer  de  Vifàge, 
lia  faute  de  fentiment: 
Et  fait  tort  a  fon  iugementy 
Pour  faire  Valoir  fon  courage. 

Mais  qui  des  foudres  de  Vos  yeux 
Fuite  les  trait:^  glorieux, 
I  //  a  quelque  nature  neufue; 
!  Cejlvnmonfire  au  milieu  de  tous; 

E    iij 


4^ 

Contre  des  tonnerres  fi  doux 

Le  laurier  nejl pas  a  tejjreuue. 

Ainjinom  allons  publiant 
La  chefne  qui  nous  Va  liant; 
De  gloire  noflreame  efl  rauie^ 
De  mourir  deuantvos  heaute:^^ 
Plus  que  nos  ennemis  domte^ 
De  receuoir  de  nou^  la  Vie, 

Diuines  flammes  de  nos  iôïïrfy 
Ceux  qui  Voî^s  content  leurs  amourf^ 
Au  lieud'auoir  t  Amour  pour  maifire^ 
TsTadorent  que  la  Vanité  : 
En  Vaillance  &  fidélité 
■Nous  fiommes  ce  qutls  difint  efire. 

La  Valeur  n  a  point  de  repos ^ 
Pleins  d^efieéîs  plus  que  de  propos  ; 
Leur  orgueil  nous  allons  rabattre^ 
Au  nom  de  Vos  diuinite:^  • 
Si  le  cœur  que  Vous  nous  ofleTi^ 
Vous  nous  le  donner  pour  comhvCtre, 

M  O  TIN. 


V 


47 
N  Palladin  François  xiVne  tail- 
le fort  haulte5&  d'vne  apparen- 
ce fort  brauc  5  attendit  quelque  peu 
que  les  Cheualiers  Numides  euiTent 
quitté  le  camp,  où  après  il  entra^ 
marchans  deuâtluy  huict  tambours 
veftus  de  iatin  bleu ,  paiTemente  de 
clinauantd'or^dix  efclaues  deTlira- 
cej&huict  Pages  parez  de  mefme, 
chacun  des  pages  tenans  deux  tor- 
ches de  cire  blanche ,  trois  Eicuyers, 
dont  IVn  portoit  fon  efpee,  l'autre 
fonefcUjauqueleiloitpeintvn  Che- 
ualier  armé^combatant  vne  armee^Sc 
portant  vne  targue  auec  ces  mots:5o- 
loatcclos.icnl  pour  tous.  Et  au  bas  de 
la  fierure  du  Cheuauer  Poco  Peliírro  por 
taraa  gloria  y  petit  peni  pour  tant  de 
2;loire.  Le  troiliefme  Efcuver.veilu 
de  fatin  bleu ;,  en  broderie  d*or  corne 
les  aurrcs^tcnoit  les  Chartels  du  Pal- 
ladin ^  lequel  aucit  pour  Marefchal 


r     ^^ 

de  campjlelieur  de  Bois-Dauphin 

Marefcnal  de France.Il  fuiuoit  âpres 
portant  le  nomd'Agontliee^c'efl:  à 
dire  Dieu  de  combat^  &  oAroit  par 
ces  Chartels  donnez  de  la  main  de 
fon  Marefchal  dé  camp  au  Roy  & 
aux  Dames  ces  Captifs  ^  du  mefme 
pays  que  les  Tenants^  efperat  en  fai- 
re autant  d'euxj&  continuer  tous  les 
ans  d'enleuer  de  nouueaux  Efclaues, 
iufques  à  tant  que  laThrace  fut  de- 
peuplée,  pourferuir  deviilimes  à  la 
cruauté  des  DamesiC'eitoit  le  Com- 
te de  Sommeriue  y  dont  Tequipage 
eftoit  fort  beau  5  ôc  la  grâce  encore 
meilleure. 


LE   CHEVALIER   AGON^ 

T  H  E  E. 
A  V     ROY. 

^  Ayant  fçeî4  que  cinq  ChcualiersThra- 


4^^  .  ;   ,-^ 

■tiens  ont  oh  tenu  de  v.  M.  la  licence  aap-- 

peller  fes  Palladins  au  combat,  le  me  Viens 
ictter  ajespieds^pour  la  pf  plier  tres-  hum-- 
hlement  de  défendre  m  autre  que  moy  ne 
foit  employé  a  reprimer  leur  audace ^commc 
celuy  qui  puis  feul  les  Vaincre  tou^  enfem- 
hle.  Et  pour  recognoijfance  de  cefe graceje 
luy  promets  &  luy  iurc  par  ft  Valeur  ^  qui 
Cüuure  de  honte  les  plus  genereufes  aóiiohs: 
de  tous  les  Rois  de  la  terre  Je  les  luy  amener 
maintenant  pour  efclaues,&  en  les  fdifant 
renoncer  a  la  gloire  quiniuflement  ils  Veu- 
lent attribuer  à  leur  patrie  &  a  leurs  per- 
fonnesjeur  faire  con fe/ferqu  il  ny  a  point 
d^ autre  Dieu  Mars,  que  Vous ,  S  l  R  E,  ?2y 
d'autre  Royaume  ou  la  Véritable  Valeur  je 
trouue.que  celty  de  la  France, 

POVR    LE    CHEVALIER 

A  G  o  N  T  H  E  E. 
A  V    ROY. 

AV^ous  qui  les  de  fins  des  François  gou- 
uerne:^ 

G 


50  (res, 

(Grand  Roj)  dot  la  valeur  anime  leshifioi- 
ï  offre  cesThracicns  par  mes  mains  enchef- 

ne^,^ 
Et  dédie  à  Vos  pieds  de  meshrasksvióíoi- 
res, 
j4u  lieu  de  ces  Captifs  ^uidejta  font  à 

leVoy  ces  Thraciens  en  apparence  hraues^ 
Ou  a  la  chefne  ie  Voue  ahatus  de  mes  coups  y. 
Mes  Serfs  changent  de  MaiflrCy&ie  chan- 
ge d'Efclaues, 
.  Leur  pnfon  memorahle  a  caufe  du  Vain- 
queur 
Fera  Yoler  leur  gloire  en  leur  terre  fauuage. 
Si  quelque  defcfjoir  ne  kur  donne  le  cœur 
T)'oXer  par  Vne  mort  preuenir  leurferuage, 
Aîats  s  ils  Veulent  m' attendre  CfT  tenter 
mes  efforts^ 
le  couuriray  kur  chair  de  mes  marques  cele- 
bres:, 
Leur  poiclùnc  de  fang  ^  de  coups  ^  de 
morts. 


J¿eHr  vijage  de  honte  &  leursyeux  de  ténè- 
bres. Motín. 

Di  i  s.  gen  i  ti   p  c  t  v  ere. 
CARTEL    p"ov'r"TgON- 

T  H  E  E       G  HE  V  A  L  I  E  R 

François. 

A  V  X    D  A  ME  S, 

C'E  S  T  voíis  Beaute:(^  que  ie  reclame^ 
Parmy  les  horreurs  &  les  cou^Sy 
le  ridypeur  de  rien  que  de  Vous  y 
Le  Lion  ne  craint  que  la  ftammây 
Et  mon  courage  amhitieuXy 
JNfe  craint  que  le  feu  de  Vos  jeux, 

A  Vous  Jonc  Í  offre  ces  Efclaues^ 
Quel  ay  par  les  armes  conquis  y 
Eux  qui  par  cent  lauriers  acquiSy 
Dans  la  Thrace  eftoient  les  plus  hraues^, 
Ont  maintenant  par  ma  Valeur, 
Plus  de  hante  que  de  mal-heur. 

le  rendray  leurThrace  couuert^y 
De  fersyde  fangy^  de  tombeaux ^ 

G  u¿ 


n 


Enkuant  dey  captifs  noHueduX'y 
Tant  que  leur  terre  foit  dcferte, 
Et  que  Ion  ne  tro  me  en  leurs  bçrdi^ 
Que^des  efcUues.ou  des  morts. 
Car  cejle  troupe  qui  Je  lou^^ 
IDeValeur  enfemhle  &  de  fty^ 
le  les  Vais  ranger  foubs  ma  loy^ 
ToiM  à  la  ckefneie  les  Vouè\ 
'A  coups  de  picquc  furmonte:^ 
Viclimes  dt  leurs  Vanité:^. 

le  Vais  leurs  fatales  enuiesy 
Leur  nom  ¿^  leur  ame  efou/fer^ 
Si  parm  i  les  pointes  du  fer 
p^os yeux  ne  conferuent  leurs  vies, 
O  une  l;ur  en  rendent  autant 
Ou  ils  en  perdront  en  combattante 

Ou  f  leur  timide affeurance. 
Tour  cuiter  tant  de  baXards^ 
JSIe  co7ife[fe  que  le  Dieu  Mars 
Eft  le  feul  Monarque  de  France  : 
Et  que  ï Amour  le  plus  parfait 

fiftdcVosyeux  le  feul  ejfaiéî. 

Motín. 


53 

ÎL  faut  noter  que  parle  iugement- 
du  Royala  préférence  fe  donnoïc 
aux  AlTaillants,  no  pas  félon  la  quaii- 
te^mais  fuiuant  le  temps  quils  eitoiét 
venus, 

Agonthée  ne  fuft  pas  (i  toft  hors' 
du  Camp  5  que  les  Ch  eualiers  de  TAi- 
gle  y  entrèrent  :  Les  fieursde  fainót 
LuCjde  BaiTompierre,  &  le  Comte  de 
SaulxrNeuf  tambours  les  precedoiér, 
&  dix  Pages  habillez  à  la  Fran^oife 
de  fatin  noir  découpe  fur  de  la  toile 
d*or  3  chamarre-  de  clinquant  d'or, 
&  trois  Nains  qui  portoient  leurs  ef- 
cus.  En  celuydu  iieurde  faincl  Luc 
eftoit  vne  Aigle  couronnée^  ayant  à 
fes  pieds  vne  infinite  de  moindres  oy- 
{cznx.tal  foi  con  los  otroS:,ic  fuis  tel  auec 
les  autres.  En  celuy  du  fieur  de  Bâf- 
fompierre  vne  Aigle  regardant  le  So- 
leil^jyoya/o  lomerefco^iclc  mérite  feuL 
Le  Comte  de  Saulx  portoit  vne  Aigk;, 
"•  G    iij 


5^ 
qui  pour  mícuxcontcmpier  le Soîeit, 
s'en  aprochoic  de  fi  près  qu'elle  en 
bruiloit  fes  plumes.  Go:<¿en  Los  oiosy 
quemen  feldsplumas^qnclcs  yeux  iouïf- 
fent,  &  que  les  plumes  fe  bruflenr.^ 
Trois  Eicuyers  parezi  des  mcfmes^ 
couleurs  fuiuoieat  les  Nains ,  &:  mar- . 
choit  après  le  fieut  de  Vitry,  Marct- 
chai  de  Camp: Les  trois  Cheualicrl 
çntroièt  de  front  auec  armes  grauéesi^ 
&  dorees,&  fur  leurs  fakdesde  gran-* 
des  Aigles  pour  pennache.  reftimc 
quils  tenoientle  Roy  pour  leur  lu-¿ 
piter  ,  &c  que  les  foudres  qu'ils  luy 
portoient  cftoient  leurs  efpées ,  dont 
iefclair^&lecoup  pâroiiToicnr  cvLvn 
mcfmetempg.  Ces  vers  furent  don- 
nez par  Icux  Marcfchalde  Camp. 


55 

LES     CHEVALIERS     DE 

l'aigle    àvx  dames. 

NOnsne  nous  rendrons  ^oint  flateurs 
de  nos  louanges 
^ISij  nous  faignans  ifjuó  de  nations  efirages^ 
Ou  coceus  &'  nourris  fur  la  Voulte  desaeux 
Nous  ne  nous  dirons  vas  ny  dieux  ny  demy 

dieuxy 
Mous  femmes  nais  François  J^ahitans  en  U 

France: 
y^iuons  François  de  cœur  non  moins  que  dé 

naijjance^ 
Et  comme  non  aprii  à  future  d'autres  loix 
Que^celles  de  ÎJmour  0"  dufce^tre  Fraçoii 
Noftre  plusglorieufe  &  flus  illujlre mar- 
que 
Ceji  F  honneur  ¿en  fer  air  ïinuinahle  Afc?- 

narquey 
Et  la  beauté  des  yeux  tout  le  monde  y  char^ 

mans 
Non   moins  loyaux  fuhieéîs  que  fidelles 
Amans, 

Etcejlcefeul  efgard  quinousfaiiien- 


ircf  rendre: 
(Nous  Vouera  fa  gloire  &  nais  pour  U  dé- 
fendre.) 
De  Venir  terrajfer  ïarrofrante  Valeur 
Dont  quelques  Thraciens  ,  conduisis  par 

leur  mal-heur^ 
Sont  Venus  deffier  à  la  lutte  des  armes  j 

Les  Cheualiers Fraçois plus nourrisaux  aU  ' 

larmesy 
Mon  que  nous-nous  Vantions  pour  les  plus 

Valeureux 
De  tous  ceux  qui  vaillans  font  deffie:^  par 
■!'.  eux. 
'jMTais  quand  nul  prix  d'honneur  acquis  par 

la  viêîoire 
JSTauroit  encor  iamais  f^alè  no fre  gloire  y 
Lefeul  iujle  cour  roux  de  Voir  quelque  ejlra- 

ger 
jtuecques  les  François  en  Valeur  s  arranger  y 
Nous  armeroit  les  mains  de  cent  potnéies 

de  foudre 
Pour  rendre  leur  orgueil  ejtendu  fur  L4 pou- 
-     dre  ■ 


,^         *      ^  57  ^       ^  ,     .  ; 

MoHS  que  dvm  faueur  ejgale  amiílehieñs 
Leiupiterde France  aduone  entre  les  fiens^ 
JSioHS  qui  portons  fon  Aigle  (ombre  de  fon 

courage) 
Et  de  qui  nojlre  ejfée  efi  la  foudre  &  forage. 

jdduienne  feulement  que  iettant  defjus 
nous 
Les  defre:^  rayons  d\n  œil  ^r  opee  cîr  doux 
Il  Verfe  autant^ de  force  &  di audace  en  nos 

arríes 
^Quil  s  y  Verfe  de  feux  des  heauxjeux  de 

nos  dames: 
Car  f  ce  double  ejfeñ  nous  anime  les  cœurs 
Kien  ne  nous  fçauroit  Voir  quinuincihles 

VainqueurSy 
Quand  men  nous  darderions  les  flammes  dé 

laguerrcy 
Non  fur  la  feule  Thrace  oins  fir  toute  U 

terrCy 
Eux  feuls  nous  pouuans  rendre  heureux  ou 

mal-heureux 
Luy  FA  ¡Ire  des  Vadlas  ^eUes  des  Amoureux. 
B.  H 


58 
POVR    LES    CHEVALLIERS 

DE      L  AIGLE. 

QV  E  fen-il  au  on  emprunte  autres 
noms, autres  armes  f 
hfemhle  que  la  France  ait  manque  de 

guerriers. 
Elle  qui  fur  la  terre  enfanta  des  genf 

d\trmesy 
Lors  queue  dépeupla  le  monde  de  Lau- 
riers. 
Dequoy  Jert'il  de  prendre  Vne  face  inco- 
gneüe, 
*  EtdefoynauoirpasaffeTidUmhition? 
Mars  mefmena-îl pas  la  France  reco- 
gne He 
Pourauoir  engendré  ft  réputation, 
h! on  ces  trois  Cheualiers  nais  des  Palmes 
de  France, 
AynicTi  pour  leur  Valeur^  &  craints 

pour  leur  renom. 
Ne  defaduoiient  point  le  lieu  de  leur 
naiffance, 


59 
.    îh  font  tous  Vrais  François  0"  de  cœur 

(y*  de  nom. 
Isful  Koydume  icy  y^$  neutiamaïsïdHan- 
tage 
D'efleuer  des  En  fans  ny  ji  grands  ny  f 

beaux. 
Les  autres  nations  font  les  corps  fan^ 

courage^ 
Mais  la  France  f ai  fl  naijlre  &l^^  cœurs 
&  lescorp^. 
Ces'R^ollandsy  ces  RogerSy  ces  Regnauds  & 
ces  T h  races 
Seront  en  fin  Vaincus  par  ces  Guerriers 

parfaiéîs: 
Car  la  Voix  de  ceux-là  profère  les  mc^ 
naces 
.    Dont  les  bras  de  ccux-cy  produiront  les^ 

effecis, 
Otnls  viennent  hardimentj  honneur  les  y 
appelky 
La  mort  les  y  attend.qui  affilant  fes 
traicls 

■  H    ij  • 


ib 
Va  donnant  a  ceux-cy  Jen  audace  ini- 

mortelle^ 
Pour  changer  de  ceux-là  les  Lauriers  en 
Cidres, 

MÔÎÎGÂILLARD. 

LÈS     CHEVALIERS     DE 

L  AIGLE,    AVX     ChEVA- 

liersTliraciens. 

L'Audace  que  Vous  aue:(^  eue  d'ofèr  pu- 
blier Vos  Cartels  à  la  Court  du  plus 
grand  ^duùlus  magnanime  Roy  de  la  ter- 
re y  nous  les  a  faiêi  receuoir ^  croyant  que 
Vous  deuex  cjlre  îejlite  de  Thrace ,  &  ceux 
demi  les  armes  ¡ont  redoutées  en  toutïO- 
rient.  Nous  fommes  icy  pour  triumpher  de 
Vos  gloires  ^  &  Vous  faire  Voir  la  différence 
du  courage  que  peut  donner  la  deité  de  vcjlre 
Mars, a  ïadueu  denojlre  Prince Jeul  Dieu 
delà  iTuerre.  Regrettans que celuy  que  Vous 
efiime:^^  ejlre  teigne  Vous  accompagne  ,^.fin 
quîlferuijl  de  Trophée  a  nojlre  Vicioire. 


6t 

LE  S  Cheiialiers  du  Soleil  entrè- 
rent dans  le  Camp  ,  fans  autre 
apareil  que  de  leur  guerrière  façon: &- 
voulurent  combatrc  les  derniers  de 
ceuxquinauoient  point  fait  de  ma- 
chines pour  leur  entrée,  c'cftoient  le 
Duc  de  Nemours, le  Duc  d*Àiguil- 
lon,&  le  Prince  de  loinuille  couuert3 
d'armes  toutes  dorées.  Leur  couleur 
eftoit  celle  de  ror,rix  tamboursveftus 
detoilled'or  auecdu  clinquant  d'or 
les  precedoient,  douze  Pages  habil- 
lez de  la  mefme  eiloftc  en  broderie  ; 
leurs  trois  Efcuiers  parez  de  la  mefme 
Uuree  en  broderie,le  fieur  de  Souuray 
MarefchaldeCamp,&:vn  Nain  qui 
portoit  leurs  trois  Êfcus ,  fur  lefquels, 
eftoit  peint  vn  Soleil  ,&  trois  autres 
au  deflo ubs  qui ietoient  des  flammes 
pour  embrafer  vne  armée  :  L  mfcrip- 
nonalSoleSohySolcúdiiiSQlcúft.VcCú-' 
me  que  ces  brauesTrinces  n'enten- 

H  lij 


6i 
doiét  point  cela  du  Soleil  celefte^mais 
dVn  autre-particulier ,  &  connu  par 
eux  feulement  .-duquel  eftansefclai- 
rez,  ils  en  retiroient  aiTez  de  lumière 
&dechaleur5pour  les  communiquer 
au  Soleil  mefme ,  &  fe  dire  des  Soleils 
parmy  les  autres.  Ou  bien  peut  eftrc,   1 
pource  que  les  plánteseles  pierres ,  &c   I 
tout  ce  qui  eft  dédie  au  SoleiUi' eftant 
iamais  touché  du  tonjierrerCes  belles 
&genereufes  ames  fe  rendent  aullià 
Tciprenue  des  outrages  de  la  fortu- 
ne,&  de  tous  les  coups  de  leurs  enne-. 
mis.  Le  Duc  de  Nemours  feit  leur 
deiïein  ,  &  leurs  Chartels  en  profc 
pour  le  Roy  &  pour  les  Dames^mon-:  . 
trant  que  la  facilité  de  bien  efcrirc,  ^ 
eftoit  extrême  3  &  que  ion  adreiTcau 
combat  ne  receuoit  point  d'egalite,. 
demeurant  en  Ivne & enlautre  fan& 
aucune  comparaifon. 


■tM 


.  ^? 

LES   CHEVALLIERS    DV 
Soleil. 

AV     ROY. 

SIRE, 
Si  ïineuitahle  deffaiile  des  Chcualiers 
deThrace poHUoit  accroijlre  à  Vos  Palmes 
quelque  nouuelle  gloire yHOHs  lavrefenterions 
maintenant  a  V^,  M.  non  comme  ceux  qui 
Vous  Í ayant  defdice  par  ejcrit  Venfent  efire 
exempts  de  la  deuoir  chercher ,  mats  comme 
ayant  accouftumé  nos  ej^ees  à  ofiroyer  en 
pur  don, ce  que  les  plumes  des  autres  offrent 
'  en  paroUes,  Et  d'autant  que  Vos  plus  com- 
munes conquejks  ayant  deuancê  le  poj^ible, 
nom  plus  de  place  entre  elles  pour  les  chops 
Vaincues,  ny  pour  les  mal-heureux,à  qui  U 
fortune  a  refusé  les  dejj^ouilles  dautruy, 
V^oicy  le  triomphe  non  accoujlumé  des  Vain- 
queurs,des  plus  hraues,qui  Je  prepare  a  Vous 
jeul,par  noflre  arriuée.  De  laquelle, S tre, 
fQHs  obtiendre:^  facilement  cefie  pojfefion. 


è4 

^  nous  le  nltre  depré  ^jt  les  Chèudliêrs  dti 
grand  Ajlre  des  deux  y  font  fauorahlement 
receuT^  par  celuy  qui  efclàire  fur  la  terre. 
O  mous  fçauons  àffeT^c^uè  la  Volonté  feulé 
dejgaler  ce  que  nous  adorons ^fert  en  Vous  de 
moyen  pour  en  furpafjerlè  ponuoir^^  que 
tandis  quil  charge  fes  traits  doreT^  de  nos 
délions  pour  les  tefmoign'er  à  Vofire  Courte 
"Vos  rayons  partent  de  Vos  lauriers  pour  em^ 
porter  leur  renommée  aux  pays  les  plus  efloi- 
g^eX^  C'eflpourquoy  nous  arrêtions  icy  Vos 
louanges  infinies,  pour  Vous  donner  le  temps 
de  nous  accorder  celles  que  nous  Voulons  me- 
ritery&  a  nous  de  Vous  dire  encores ,  que  fi 
par  t excès  de  Vos  merueilles  y  Vous  contrai- 
gn/X^oftre  Aftreane  luyre  plus  que  pour 
Vous^nous  entreprendrons  de  luyre  pour  les 
autres  y  &  forcerons  tout  le  refle  du  mondé 
d  ne  receuoir  clarté  que  de  nous. 

LES 


V...,jv. 


^5 
LES     CHEVALLIERS    DV 

S  o  LE  I  L. 
AVX    OAMES. 

NOusne  rejjemhhns  fointd  ceux  qui 
précèdent  leurs  oBions  par  le  récit  de 
mille  Viéîoires  non  encores  obtenues,  ^  qpn 
Vont  donnant  a  leurs  Cartels  ce  que  le  pou- 
uoir  ¿iT  l'addrejje  refuferont  bien  tojl  a  leurs 
effefls.  De  ceux-là contenteT^ous (belles 
Dames,)  d'en  lire  le  Romant plufiojl  que 
d'en  Voir  le  Véritable  fucceT^y  puis  qu  ils  Je 
contentent  que  leur  papier  endure  de  leurs 
mains  y  ce  quil  faudra  que  leurs  perfonnes 
■foujfrentde  nos  armes.  Quant  a  nous ,  nous 
ne  recherchons  point  que  Vos  louanges  de- 
uancent  nos  trophées ^n^  Voulant  mériter , 
que  celles  quevous  tirereT^par  nojlreVaU 
leur  de  la  vie  y  cjr  des  honneurs  d'autruy, 
que  nous  ne  Vous  offrons  point  par  auan- 
cCyainfique  tant  d'autres  :  car  lei  Vrais  au- 
gures de  nos  ç-ejles  accoujlumeT^  en  ont  de 

I 


66 

knguemdm  dij^ofé  auecles  deftins, pour  fer- 
uir  cejle  nuifl  de  Viâlime  à  Vos  pieds.  Mais 
parce  quefians Cheualliers du  Soleil ^Vous 
nous  pourrieT^accufer  de  fupercherie  ^  efli^ 
mant  que  nousferios  icy  has  apifie:^  de  tou^ 
tesles  puifptncesqui  ïenuironnent  dans  les 
deux.  Mous  Voulons  bien  que  Vous  fça- 
chie'X^i  &  que  les  Thraciens  aprennent  à 
■leurs  dejfens  yqucncores  que  nous  portions 
[image  de  nojlre  Jflre  fur  nos  efcus^^  das 
nos  ames  ^  nous  nefçauons  que  cejlde  flef- 
xhirles  genoux  deuatluy^afin  qu  il  enflam- 
me nos  courages  a  la  vaillance ^ou  quil  plon- 
ge celuy  des  autres  dans  les  ahijmes  glàceT^ 
d'vne  crainte  extraordinaire,  feulemet  nous 
cheriffons  fa  conduittc  ,  pour  ef clair er  nos 
a¿iions  au  monde ,  cr  particulièrement  à 
Vous, de  qui  f  nous  ne  fommes  ajfeT^aimeX^ 
pour  pouuoir  vaincre  y  nous  Voulons  ajpT^^ 
Vaincre  pour  en  pouuoir  eflre  aime%^ 


^ 67 

LES   CHEVALLIERS   DV 
Soleil. 

avx   dames. 

DAmes  dont  U  beauté  fes  louanges 
furpajp. 
Nous  ri  implorerons  point  le  biendeVofire 

grâce, 
Nj  theureufe  faucur  de  Vos  pltis  doux  re^ 

gardsy 
Pour  nous  rendre  Vainqueurs  en  cespreuues 

de  Mars: 
Carplujlojî  quejpiyer  daauerir  la  vlfloire 
Far  theur  dont  Vos  f aueur s  comblent  t ame 

de  gloire  y 
Mous  cherchons  d'acquérir  la  grâce  de  Vos 

cœurs 
Par  le  mente  me  fine  &  le  nom.  de  vain" 

queursy 
Afin  quvn  plus  illujlre  &  ^lusfainóí  fa- 

cri  fice  -,,  - 

Vous  vienne  après  ofirir  nofire  amoureux 

firuice,  I    ij 


.^8 

f r quil  ne  fe prefenteainjiquaux immor- 
tels 

Que^  plus  digne  viéfime  au  pied  de  Vos  au- 
telsy 

Mon  qù il  nous  plaife  vfer  de  hrauades  frir  , 
uolesy  I 

Jux  mains  foit  la  hrauade,&  non  pas  aux 
paroles, 

Mais  nous  defferons  tant  au  pouuoir  de  Vos 
yeux^ 

Que,  fans  Voir  leurs  faneurs  nous  ^fgaUer 
auxDieux^ 

Lédefr  feulement  de  viure  leurs  efclaues 

Dejta  furmonte  en  nous  ï audace  des  plus 
hrauesy 

Et  cejl'ce  doux  efj^oir  dont  nos,  cœurs,  font  j 
munis  \ 

Qui  nous  fait  tous  hriller  de  Soleils  infinis  y 

Pour  monñrer  cjue  nos  faifls  recherchent 
la  lumière: 

Et  que  trofp  de  Soleils  flambants  en  leur  car- 
rière 


Ne-  fçduroient  de  là  haut  epadre  leur  cUr^ 

te, 
Ny  fur  nosafhons.nyjùrvojlre  heduté. 

B. 

A  Peine  ces  Princes  auoient  corn- 
batu  5  qu  vn  Hermite  fe  fit  voir 
dans  la  falle ,  veftu  comme  ceux  de  fa 
forte  ont  couftume  d^eftre  :  Il  recitoit 
des  vers  qui  faifoient  mention  de 
Taduanture  ^ Vn  Cheualier  infortu- 
néjlequel  defefperé  des  bonnes  grâ- 
ces de  fa  mairtreííejalloit  finir  fa  vie 
&  fon  tourment  dans  la  profonde  fo- 
litude  dVne  Foreft.-quad  ce  bon  vieil- 
lard le  trouua^il  luy  remit  deuant  lês 
yeux,  que  c  eftoit  vnc  efpece  de  laf- 
cheted'auoir  recours  ala  mort  con- 
tre le  mal-heur^que  les  aduerfitez  fer- 
uoient  de  Champ,  ou  la  vertu  eftoit 
aux  prifes  auec  la  fortune  ,  &  que  le 
courage  fe  monftroit  autant  aux  affli- 

I  iij 


¿tions  qu'aux  alarmes.  Mais  que  s'il 
eftoitfi  refoluà  fa  perte  ,11  pouuoir 
rendre  fon  trefpas  plus  glorieux,  au 
combat  qui  fe  dreiToit  en  France, 
en  la  prefence  du  Roy ,  que  non  pas 
dedans  les  frayeurs  de  ce  bois,  fans 
honneur,  &  fans  autres  fpedateurs 
que  les  oy  féaux. 

LeCheualier  perfuade  parles  rai- 
fons  de  THermite  delibera  de  s*ef- 
prcuuer  cotre  lesTenats,pour  chan- 
ger fon  amoureux  defefpoir  en  vnc 
mort  honorable ,  ou  bien  acquérir 
tant  de  reputation,qu  en  fin  faDamc 
tournaftfa  cruauté  en  vne  repentan- 
ce  de fauôir  fi  mal  traidé  Trois  tam- 
bours 6c  vn  fifre  veftus  de  grandes 
cafaques  de  fatin  noir  entroicnt  les 
premiers  de  fon  équipage, fix  Pages 
d  vnemefmeparcure,  ayas  les  quatre 
premiers  des  flambeaux  noirs ,  IVn 
des  deux  autres  portant  la  picqae 


7î 
garnie  denoirjôc  le  dernier  la  falladc 

ombragée  dVn  grâd  pennachenoir. 
Uefcuier  fuiuoit  habillé  de  fatin  noir 
ou  broderie  de  iayet,  ayant  vn  grand 
chapeau  à  lantiquc  couuertde  plu- 
mes noires:  Il  tenoitdVne  mainvne 
cfpee,  &  dclautrevn  efcu,  fur  lequel 
vnenuidteftoit  peinte  auec ces  mots, 
Nulla^ermeriluce.  Lefieurde  Maro- 
les  Marefchal  de  Camp  :  Apres  luy 
venoit  vn  Chariot  à  Tantique  cou- 
uertde fatin  noir^femed'eftoiles  d'or 
&  traîné  par  quatre  Satyres  ioiians 
de  la  fluile.  Sur  ce  chariot  eftoit  le 
Sieur  de  Richelieu,  furnommé  pour 
ce  foir  le  Cheualier  Infortuné,  cou- 
uert  d'armes  noires,avant  fur  fon  ha- 
billementdetefte  vn  Paon  au  natu- 
rel, faifant  la  roue.  Ilfe  feruit  de  pi^ 
ques  peintes  de  noir  ôcde  blanc,  & 
les  vers  que  fon  Marefchal  de  camp 
offrit,  furent  ceux-cv. 


ti 

UHERMITE. 

NE  Vous  ejlonne:^^  point  (o  grandeurs 
nompareilles) 
Démon aage  caduc, ny  démon  Vefiement: 
En  cejlé grande  Court  on  ne  Voit  que  mer- 

ueilles; 
Vne  hijhire  i  Amour  efcoute:^  feulement. 

ESTANT  dedans tohfcur dvneforefl 
ej^cfje 
Touys  de  ce  Guerrier  la  lamentahleVoix, 
Mouueau  Cygne  d'Jmour.preJïè  de  fa  tri- 

:   ##^ 

Ildifoit  racontant  fes  defajlresauxhois. 

jimourniadefnié  fecoursy 
Ala  mort  îay  tout  mon  recours. 

îefçay  que  hntre^rife  efloit  pour  moy 
forthaultCy 
Tofay  tropyie  taduoiie.&Îenfuis  bienpuny: 
Pourlauer  ce  peché.Pour  expier  ma  faute, 

l'offre  ' 


75 
T offre  foHrfàcrifice  ynrégret  infini: 

Amour,  ^c. 

Il  faut  luy  dif-ie  alors  ^peindre  cefie 

flamme. 
Par  Vnefin  f^lus  digne  au  milieu  des  hà- 

Xards: 
Mourir  en  lamentant  riefl  ^ro^re  quà  la 

femme: 
Les  homes  généreux  font  dejline:^à  Mars. 

Parmy  les  comhats  fkrieux 
Nai'ffentles  Cèdres  glorieux. 

P^ncomhat /entreprend  deuàntle  Ê/ry 
des  Gaules, 
Ce  redoutable  H  E  N  R  y  y  grand  ¿  doux, 

viéîorieuXi 
Qià  porte  come  J  tías  fur  ces  fortes  ejfaules 
La  France ,  \n  autre  Ciel  plein  d'àjhres  ra- 
dieux, 

Parmy  les  combats, e^c 

K 


1 

74  ^ 
A  ces  mets  le  Guerrier  Joudain  leue  la 
tejley 
Ces  yeux  font  les  rayons  ctvn  flamboyant 

Soleily 
îe  me  Veux  referuer  pour  fi  celebre  fejle: 
Bon  vieillard  (  me  dit-il  )  le  fiiiuray  ton 
ConJeiL 

Varmy  les  combats^&c. 

En  prefence  d\n  R  oy^dont  le  renom  ef- 
face ^% 
Celuy  de  tous  les  Roy  s  qui  iamais  ont  ejlé. 
Et  le  cinquiefine  Grand  ^  qui  tous  les 

Grands  furpaffe^ 
leferay  Voir  quel  efi  mo  courage  indompte. 

*  ~  *"* 

Parmy  les  combats^  &c. 

Deuantce  demyDieu  qui  rompit  tous 
obfiaclesy 
Maigre  le  fort  contraire  y  admirahle  Vain- 


queury 


Dom  tout  autant  de  iours  font  autant  de 
miraclesy 

i 


75 
Pour  ïej^rit^fom  la  main^pour  ïinuincihk 
cœur. 

Parmy  les  combats  y  &c. 

Trophées  glorieux,  Ji  les  vaiUans  Í  aterre 
Deuantmon  Koj  qui  peut  tugerégailement 
Des  effors  de  ï Amour,  &*  de  ceux  de  la 

guerre;. 
Rauijjèment  à  ï\m,a  î autre  efionnement. 

Parmj  les  comba ts^,  ¿^r . 

Entre  tant  de  beautés  cefte  clarté  Jï belle 
Se  trouuera  peut  eflrey&  Voj/at  mo  trej^aSy 
Pourra  fe  repentir  d'àuoireflé  cruelle: 
Car  ie  mourray  pour  elle,  &  ne  m'enplain- 
dray  pas. 

Parmy  y  &c. 

Chevalier. 


L 


EComte  de  Laual  entra  au  camp 
dans  vue  fpliere  grande  de*deux 

K    ij 


7« 
toifes  en  diamètre :,  en  laquelle  pa- 

roiiToient  auec  leurs  mouuementSj^ 
tous  les  corps  celeftes.Ehtre  autres  le 
Zodiaque  y  eftoitrepreiente/e  tour- 
nant fi  règlement  que  la  Sphère  que 
l*onvoyoit  mouuoir  parlaSalle  çn- 
uironnee  de  fix  Amours  &  de  üx 
loueurs  dehaubois,  eftantparuenuë 
deuant  le  Roy , leftoille  de  Mars  fç 
trouuaconioinotç  auec  celle  d*Aries. 
Alors  la  Spere  s*ouurit,&  la  Renom- 
rnee, accompagnée  d*Amour  &  de 
Mercure  en  forcit  pour  reciter  des 
vers  deuant  le  Roy.  Et  durât  le  temps 
qu  elle  mit  à  retourner  >  Ton  ouït  yne 
Mufique  celefte  dans  ce  Globe >  qui 
de  nouueau  ietta  hors  vne  Bellonc 

f)ortat  desTrophees  deMars,  qu  el- 
e  pofà  aux  pieds  du  PvOy  :  &  fit  fça- 
noir  à  fá  Maj  efte  ;  par  vn  Cartel ,  que 
Mars  ne  voulant  point  auoir  aucun 
aduantage  fur  les  Tenants  ^^eitoit 


77 
fait  mortel  &  les  alloit  çombatrc 
Car  encore  que  les  vœux  dçs  Thra- 
ciens  luy  fuiTent  fort  agréables  :,  auec 
la  qualité  de  leur  Dieu  :  Celle  néant- 
moins  de  Guerrier  du  Royqu  il  cm- 
pruntoitj&de  Paladin  de  France  luy 
fcmhloit  encore  plus  aduantageui<. . 
Bellone  demeura  deuaiit  leRoy^^ 
pendant  que  la  Sphère  acheuoit  le 
tour  de  la  Salle ,  &c  le  retrouuant  au- 
près de  la  porte  par  laquelle  elle 
eiloit  entrée  >  alors  elle  s*efclata  en 
pièces  5  fixTarnbours  &  deux  Fifres 
en  fortirentjfix  Pages  tenans  chacun 
deux  flambeaux  de  cire  blanche ,  les 
tambours  &  les  Pages  veftus-de  ve- 
lours noir  couuert  de  clinquant  d  ar- 
gét  :  le  Sieur  de  Canify  Marefchalde 
camp  les  fuiuoit,  puis  vn  Nain  por- 
tant vn  efcu^  fur  lequel  eftoit  figure 
vnciclauec  ces,  paroles.  lac/^é-T^^^ro- 
deano  mtcontieïie,  ce  qui  luenuironne 

K    lij 


78 

ne  me  contient  pas.  Le  Comte  de 
Laual  marchoit  après,  reprefentant 
Mars  armé  de  toutes  pièces ,  fur  vn 
habit  blanc  &noir5la  picque  de  guer- 
re fur  refpaule:&  donnant  à  fa  braue 
aiTeurance  des  tefmoignages  de  fa 
refolution  y  fon  Efcuyer  tenant  vne 
cfpée  àla  main  le  fuiuoit ^  couuert  de 
la  mefme  liurée.  Le  fieur  de  Canify, 
dont  Texperience  &  le  iugement  le 
peuuent  pluftoft  admirer  quefcrire, 
dona  comme  les  autres  Marefchaux 
de  Camp  ces  Chartels. 

CARTEL    DE    MARS. 

A  V    ROY. 

Pour  Monfieur  le  Comte  de  Laual. 


s 


y^r  le  mont  de  ïhoneuY  ou  la  Vertu  reluit 
Ce  ieune  Mars  Gaulois  par  la  gloire 
conduit^ 


•      79 
Ji^res  auoirreceu  U  coronne  immortelle. 

Grand  Roy  de  qui  le  nom  ejl  par  tout  re- 

dome 
Viet  cifacrer  aux  pieds  de  Vojîre  Àd'ajejle 
Le  deuoir  on  î^tmour  du  feruice  t appelle. 

lyefia  touï  Ivniuers  celebre  fon  renom 
Et  mefme  La  Valeur  /honore  de  fon  Nom 
Les  délices  du  Ciel,^'  la  gloire  du  mode, 
leune  Mars  a  bon  droióí  qui  Vante  fa  mai- 

fon. 
De  ces  preux  Cheualiers  de  l  antique  fat-- 

fon, 
^d^fur-et  renomme:^  par  Vne  table  ronde. 

L ardeur  qui  tant  de  fois  Vous  a  faiéî 
foufpirer. 
Vous  fans  qui  ht  Valeur  nepouuoit  refpirer. 

Quand  aux  trait^  de  Í amour  Vousejlie:^ 
.Jt  fenjihley 
Jpprend  a  ce  Guerrier  quil  faut  ejlre 

af/wureuXj, 
Si  Fon  Veut  imiter  Vn  Prince  généreux 
QmpeMit.en  aymatlefurmm  d'inmrKihlt 


té 
^-  '^  Brujlé  donc^ues  d'amour  autant  cofnmè 

emhfd^ 

Derencbr-enreeromhat  (silefiauthoriXé) 

Dvne  douce  faueur de  ceñe  quitanimt 

Ses  Myrtes  amoureux  égaux  a  ¡es  lauriers^ 

\^ors  au  il  aura  dompte  ces  indomptés  Guer- 

\  Tiers 
yojîre  autel  fumera  dvne  riche  vi^iyne. 
i  •  CarcefiaVousquilfautque  les  Viffo- 

rieux 
Rendent  le  mefme  honneur ,  (^ue  ton  défère 
aux  Dieux, 
Puis  que  le  Mars  du  Ciel  Vouî  apprend 
fes  trophées 
Grand  Roy  dont  la  Valeur  à  fon  poinóí  ar- 

riuant 
Ainftquc celk-là  duDompteurdu  Leuant 
JF^éî  rougir^  i^rfuer  tous  les  fronts  des  O  r- 
•  *     phées. 
^moureuxThraciens  y  quivante:^  Vo*^ 

efforts, 
Tou^  les  coups  deja  main  portent  autant 
de  morts 


Si- 
'   Ùoritt  horreur  mefmc  fend  au  bout  de 

fonefpée: 
CeVoíííefl  beaucoup  dheur  de  mourir  par 

fd  Tiíaiñy 
Mon  moins  queüífalloitquvn  plusbraue 

R^omain- 
Mit  encore  au  tdheau  la  gloire  de  Pompée, 

CES      VERS      rVRENt 

CHANTEZ    PAR    LA     MVSÎ- 

que  qui  eftoit  dans  le  globe. 

Qf^eVous  fert'il  troupe  guerrière, 
J)e  Vous  armer  fi  folementy 
Mars  vient  aporté  du  firmament. 
Pour  enterrer  dans  la  poujïiere 

Ceux  ijuidvn  cœur  audacieux 
Attendent  au  combat  les  Dieux, 
Cen'eft  pas  tout  que  d entreprendre 
Vn  combat  grand  ¿;' périlleux. 
Les  G  e  ans  par  trop  orguilleux, 
Thraciens,VGUs  doiuent  apprendre 

L 


Oujlne  faut  point  contre  les Dknx 
Armer  fon  hrds  audacieux. 
Si  la  beauté  de  quelque  Dame 
P^ous  pouffe  aux  explotéis  p-enereux. 
Celle  qui  rend  Mars  amoureux 
Doit  remplir  de  crainte  Vofre  ame. 

Puis  que  Îefclair  de  fes  beaux  jeux 
EJl  le  Soleil  mefme  des  Dieux. 
Mars  bien  appris  à  la  ViBoire^ 
Toufours  amoureux  &  guerrier, 
P^eut  que  le  Myrte  &  le  laurier 
Soient  les  ornemens  de  fa  gloire, 
•    V^ous  feriez  trop  audacieux 
De  les  Vouloir  rauir  aux  Dieux. 

LA     SPHERE     AYANT 

FAICT      LE      TOVR       DE      LÀ 

Salle^&  la  Planctte  de  Mars  com- 
mençât àparoiftrc^la  Renommée 
fortit^qui  chanta  ces  Stances. 
A  V     ROY. 

/"^  Rand  Roy  ^ par  qui  l honneur  O"  ¡^ 
\^JJ  gloire  refl'ire 


§3 
Dont  le  cœur  mille  fots  ejl  vins  groiid  que 

ïEm^irey 
Oue  deux  rares  vertîis  ¿ont  mfiement 
acqms. 

Lors  quepouuat  vferd'vne  rigueur  extrema 

Ta  douceur  par  amour  conquit  a  [heure 
mefm-e 

Les  cœurs  q^ue  ta  Valeur  par  force  auoit  con- 
quis. 
Aionarque  fans  pareil  Je  fus  la  Prénom- 
mée 

Oui  par  tout  Ivniuers  ta  gloire  ayat  fem^e 
Ay  porté  dans  le  CieJ  la  gloitx  de  ton 
Nom  : 

Si  hien  que  ce  grand  Dieu  qui  commande  a 
la  guerre 

Voient  honorer  la  Court  du  grand  Mars  de 
Id  terre  y 

Sçachant  que  ta  Valeur  furpajfe  fon  renom. 
Les  pompeux  appareils  que  te  drejfela 
France 

Ne  font  rien  à  ïefgalde  la  recognoiffancc 


Dont  ce  gntnd  Dieu  te  vknt  mainter^ 
nant  honorer  : 
Car  comme  a  te  chanter  il  nejldeu  c^uaux 

Or^héeSy 
Awji  cefi  aux  Dieux  feuls  d'honorer  tes 

trophées 
Que  les  foibles  mortels  ne  d^iuet  au  adorer. 
Cœur  plus  noble  cent  fou  crue  celuy  d'A- 
lexandre, 
Que  la  Terre  nefi  pas  capable,  de  compren- 
dre. 
Puis  que  mefme  le  Ciel  ne  ï  a  point  limité, 
ïay  redu  de  tesfaicls  la  mémoire.  Ji  grande. 
Que  f  fur  tes  autels  quelqiiVn  drcjfe  Vne 

offrande 
Une  fera  iamau  repris  ¿! impiété. 

Car  les  Dieux  tous  ram  de  ta  Valeur 
infgne 
Te  referuent  au  Ciel  la  place  dvn  beau  Si- 
gne, 
PourVn  iour  prefider  au  milieu  des  ha- 
:^ards. 


Lorsijuejlantdejf^ouilléde  ta  morteÏÏerohe 
VonVerra clairerntnt  dans  le  celejle glohe 
LEfioile  de  Henry  loinêle  a  celle  de  Mars. 

^       A  LA  ROYNE.         ~ 


ROyne  qui  f^orte:^  dans  les  y  eux 
Les  rares  merueilles  des  deux  y 

Qhafle  Princeffe^  fans  égale ^ 
En  qui  toutes  les  Deite:^ 
V^oyent  l'orgueil  de  leurs  heaute^i 
Ainji  quau  Temple  de  Menale,    ■''-  '^ 

Mars  qui  défère  le  laurier 
A  cefl  indomptable  Guerrier 

Dont  \ous  tene':^  ïame  captiue 
Venant  ce  grand  Prince  honorer 
Me  peut  mieux  faire  qu  adorer 
La  plus  grande  Roy  ne  qui  viue. 

Princeffe  y  honneur  des  Florentins, 
Mais  par  le  Vouloir  des  dejlins 

L ornement  de  toute  la  France^ 
Von  ne  faiél  tort  4  fon  honneur 

L    iij 


vO. 


Lors  qüon  dtfl  que  Vojlre  bon-heur    ■ 
Marche  a  ïefgal  de  fa  Vaillance: 

Carji  ce  Prince  généreux 
Faifl^arfes  exploits  Valeureux 

Cueillir  le  doux  fruiêl  de  fes  palmes^ 
î^ous  failles  goufter  la  douceur 
D\n  legitime  Succelfeur^ 
Par  qui  les  orages  font  calmes. 

Au  Ciel  de  vos  perfe: fiions 
S'emhraXentles  affeflions 

De  tous  les  grands  cœurs  de  U  guerre^ 
Qui  iufqua  leur  dernière  fin 
Afifleront  Vo^re  Dauphin 
En  la  conque  fie  de  la  terre. 

'^         ÂVX    DAMES.        ~ 

B  Elles  &  chdfies  Deite^i 
De  qui  les  cœurs  plus  indomte:^'      ^ 
Ornent  tous  les  tours  la  vióloire. 
Mars  iadis  des  autres  vainqueur 
Par  moj  Vous  vient  ojfrirfon  cœur 


i 


j/4jin  d'dccroijlre  Vojlre  gloire, 

DejJoulpsŒmpire  de  Vos  jeux 
La  liberté  mefme  des  Dieux 

Se  rend  tous  les  tours  en  ferudgei 
Que  f  dédaignant  Vos  appas 
QuelqHVn  d'eux  ne  Vous  aymepaSy 
Ce  nejl  que  manque  de  courage. 

Mal-heureux  celuy  de  tout  point 
Qui^ vit  &  ne  sembrare  point 

Aux  rai:^  de  Vojlre  douce  flamef 
V^n  tel  n  a  point  de  fentimenty 
Et  porte  Vn  cœur  de  Diamant^ 
Et  Vn  rocher  au  Iteu  dvn  ame. 

Mais  Mars  de  Vos  heaute':zej^rU¿ 
Sur  tout  de  la  chafte  CypriSj 

Dont  toute  la  France  fe  prifiy 
Senjthle  aux  heaux  traits  amoureux 
V^om  append  fon  cœUr  gêner  eux¿ 
Priuê  déformais  de  franchife. 


88 

La  Renommée  s'eftant  retirée  dans  le 

globc^BelIone  fort  portant  les 

trophées  de  Mars  qu'elle 

pofe  aux  pieds  du  Roy. 

HEnrj/ygrand  Monarque  inuincihle^ 
Qui,  rens  toute  chofe  pojsihle 
Par  ton  courage  généreux  y 
MSrs  pour  faire  Voir  fa  Vaillance 
Veut  dompter  la  folle  arrogance 
De  ces  Thraciens  amoureux, 

Mais  pour  autant  que  la  VtSloir^ 
Iroit  diminuant  la  gloire 

Qj/il  doit  acquérir  en  ce  lieu 
S'il  comhattoit  en  auantage^ 
Il  Veutypouf^é  d\n  beau  courage  y 
Quitter  là  qualité  de  Dieu, 

Son  ame  du  combat  efchaujfée 
TUppendà  ces  fins  ce  trophée 

Dont  il  decore  fes  autels ^ 
lufqua  ce  que  fa  main  guerrière 
Alt  rauallé  dans  la  Barriere 

Lor- 


S9 

ï,' orgueil  de  ces  foihles  mortels. 

Cependant  ce  Dieu  de  la  guerre 
Te  cognoifjant  Vn  Mars  en  terre ^ 

Qmjna  ny  fécond, ny  premier^ 
Prenant  Vne  efjence  mortelle^ 
Ne  Veult  de  qualité  plus  belle 
Que^ celle-là  de  ton  Guerrier, 

jéuecce  beau  tiltre  honorable 
Il  nejlvaleurjî  redoutable  ' 

Quilne  terrajje  en  toutes  parts-. 
Puis  que  tout  cede  a  la  vaillance 
Du  nom  du  Monarque  de  France. 
Coniointe  à  la  force  de  Mars. 

Dé  Rosset. 
T  ' Vn  de  ces  Rochers  qui  fe  moii- 
JL-i<uoient  anciennement  au  fondu 
luth  d'Orphée, charmé  de  nouueau 
par  la  grâce  &  la  valeur  de  quatre 
DieuX;>s'cftoit  ouuert  de  luy-mefme, 
pour  les  enfermer  dans  fon  fein,& 
les  amener  das  leCamp.Vn  Mercure 
eftoit  au  deiTus  ;,  come  Ambaífadeur 

M 


90 
de  CCS  quatre  D citez ,  lequel  anonça 
au  Roy  5  que  tous  les  dieux  cnfem- 
ble  contribuants  de  la  rcuerence  à  ià 
Majcile  5  comme  à  leur  Souuerain, 
Mars  &Í  TAmour  par  dciTus  tous, 
auoient  efmeu  le  courage  de  cinq 
Cheualicrs  dcThrace^lcsplus  heu- 
reux à  la  guerre ,  &c  les  mieux  fauori- 
fez  de  leurs  dames,  pour  venir  deffier 
les  Palladins  de  France:  mais  que  de- 
puis les  propres  Enfans  du  dieu  Mars 
rayant  iuplicde  leur  permettre  de  fe 
trouuer  en  ce  combat,  &  leur  ayant 
accorde  ,  il  retira  fon  alíiftance  des 
Thracicns ,  &  la  communiqua  toute 
entière  à  fes  Fils,  ne  leur  pouuant  re- 
fufer  leur  prière  ny  fa  Faneur  :  TA- 
mouràia  requeftc  leur  efclairoit  de 
fon  flambeau  diuin. 

Voila  ce  que  dift  Mcreurc^^aucc 

âuelqucs  vcvSy&z  delcendit  duRo- 
icr  pour  en  prefenter  d'autres  au 


91 

Roy:,aux  Dames  ôc  aux Tcnats.  L'A- 
mour fe  trouua  en  fa  place, aucc  fon 
flambeau  ôc  fon  arc ,  au  milku  dVnc 
infinité  de  lumières  &  de  parfums, 
qui fortoient  du  rocher.Puis  s'eftant 
rendu  inuifible  au  bout  du  Camp, 
Mars  parut  en  fon  lieu  arme  de  tou- 
tes pièces,  &  tenant vne  hache  flam- 
boyante par  vnze  endroits, qui  mit 
tout  le  rocher  en  feu  Teipace  de  demy 
quart  d'heure>&  le  fit  éclater  auec  vn 
grand  bruit:  Mars  demeura  au  milieu 
de  ceux  qui  en  fortirent  :  ce  turent 
quatre  Pages  portans  des  flambeaux, 
huid  tambours  &  fifres ,  quatre  au-, 
tres  Pages  auec  des  flambeaux,  les 
vns  &  les  autres  habillez  de  fatin  in- 
carnat,  chamarré  de  clinquant  d  or: 
le  Marefchaldecamp  fuiuoit>c*eftoit- 
le  Comte  de  la  Roche  :  Les  quatre 
cnfans  de  MarSjleDucdeRoanois, 
le  Marquis  de  Renel,  &  les  Barons 

M     ij 


de  la  Chailcgnerayc  &  de  V'arcnnes, 
couuerts  d'armes  argétées,  emaillees 
_  d'incarnat  :  Ils  donnèrent  ces  vers, 
ie  nefçay  pas  le  nom  de  TAutheur 
qui  fît  ceux  de  Mercure. 

M  E  R  e  V  R  E. 

CO urier a  ïaijle  Vitte  &  forte 
Qui  fer fe  Í Enfer  (¿ries  deux 
Sur  le  point  dvn  combat  ¿apporte 
NoHuellesdedeux  puiffans  Dieux. 

Mars  ¿r  JmouryDieux  tutelaires 
Des  François  &  de  leur  grand  Roy 
Balancent  les  mjles  falatres 
De  I honneur  par  efgaUe  loy. 

Ces cinqTenams font  neXenThrace 
De  Mars  les  plus  chers  fauoris. 
Il  leur  oppofe  de  fa  race 
Cinq  François  y  fes  enfans  chéris. 

Bien  que  ceux~cy  ^ pleins  de  viSiotre^ 
De  maints  peuples  fient  triomphants  y. 
il  ne  leur  donnera  la  gloire 


De  Vaincre  fes^ro^res  Enfam. 

Amour  les  guide  de  fes  fiâmes. 
Leur  efcUire  de  fon  flambeau,  , 
L'honneur  &  la  foy  de  leurs  Dames 
Leur  font  mej^riferle  Tumheau. 

Prince  y  le  bel  œil  de  la  terre, 
Aymé  de  preS:,&  craint  de  loin; 
Les  Dieux  par  f  s  ombres  de  guerre 
Te  monflrentquils  ont  de  toy  foin. 

IlsVeuleut  de tr amper  tes  peines 
Au  miel  d\n  généreux  plaifr^ 
Pendant  que  tu  guides  les  refies 
De  ton  grand  Royaume  a  loifr. 

Soit  pour  combatre  à  la  barriere. 
Ou  en  aimant  garder  fa  foy 
On  ne  Veit  onc  troupe  guerrière 
Plus  diçrne  de  l'œil dvn  grand  Roy, 


LES    CHEVALLIERS   DV 
Rocher. 

AV     ROY. 

V Nique  Roy  des  cœurs ^  dont  tous  les 
autres  Rois 


^4 
Redoutent  leDeflin  & rejj^e fient  les  loix^ 

Dotles  deux  ont  íenyUMajefieB^oyalej 

Ces  quatre  Enfans  de  Mars  ^nourris parmy 

les  coups  y 

Remplis  i  ambition  yViennent  sojfrir  àvous, 

A  Vous  dont  la  Valeur  ejl  a  la  gloire  efgalle 

Et  en  tous  Vos  dejfeins  (¿r  en  tous  Vos 

froietSy 
Ce  que  les  autres  Rojs  font  de/fus  leurs 

fuh]eBs 
Sur  euXyO  grand  Monarque  yen  puifjance 

Vous  hjles. 
La  mort  ne  fit  iamaisvojlre  face  blefmiry 
p^ous  failles  fouhs  iejfroy  les  couronnes 

gemir  y 
Etnaue:^  que  le  Ciel  pourhornéàvos  con- 

quejles, 
'JÍ  Vous  donc  yO  grand  Roy  ycommèkïv- 

nique  Mars  y 
Que  leur  Démon  reuere  au  milieu  des  hd'^ 

Xardsy 
Ils  offrent  leur  Valeur  y  leur  fang  &  leur 

courage. 


95 

Et  dejjiùs  les  Antéls  qu'on  Vous  dreffc  icy  Im 
Ils  Vous  vont  confacrant  t honneur  de  leurs 

camhatSy 
Et  leurs  plus  beaux  lauriers  aux  pieds  de 

Vojîre  image. 

MONGAILLÀRD. 


LES    CHEVALLIERS    DV 
Rocher. 

avx   thraciens. 

CEs  quatre  CheualiersjCes  Vrais  enfans 
de  Mars, 
Nourris  au  fer^au  fang^aux  combats ,  omx 

ha%ardsy 
Accouflume':^  avaincre^aux  coups  &  aux 

alarmes, 
Devinés  de  leur  P  ere, &  guidés  de  l'Amour, 
Superbes  Thraciens  viennent  en  ceJleCouf 
P  ar  armes  eftouffer  le  renom  deVos  armes. 
Leur  from  eji  tout  couuert  des  palmts 
de  l'honneur. 


9¿ 

Ib  nontiamaU  connu  ny  U  mort  ny  îaùeur: 
Mars  qui  leí  engedra  leur  dona  fa  vaillace^ 
Son  audace,  fon  cœur, &* fes  hras  redoute:^^. 
Pour  Vous  faire  ceder, come  enf ans  adopte:^, 
A  ceux  a  qui  luy-mefmea  doné  la  naiffance, 
.  L Amour  qui  les  conduit  apporte  leflam-- 

beau 
VouY  feruira  leur  gloire  &  àvo^re  Tom- 
beau, 
Si  Vous  leur  refufe^  ce  que  Mars  leur  ac- 
corde: 
Mais  le  ciel  qui  bénit  tous  leurs  a  fies  guer- 
riers, 
Fera  quils  Vous  lairront  encor  quelques 

lauriers, 
S  i  Vous  les  demandeT^à  leur  mifericorde. 

Mo  NGAILLARD. 

LES    CHEVALLIERS     DV 
Rocher. 

AVX    DAxMES. 

BEUes  ces Thracîens:,  que  ï audace  con- 
me  y 


91 
ji  fe  dire  de  Afars  les  mignons  fduorls y 
jivprendront  auiourd'huy  aux  dej^ens  de 

leur  vie;, 
Oue  nom  fe  serais  En  fans  en  fommes  plils 
chéris. 
Peuuent-ils  ej^erer  fur  nous  rien  de 
frojferey 
A  qui  Mars  â  donné  fon  audace  cîr  fon 


cœur? 


Bien  quils  foyent  fauorïSy  rien  nefl  cher  ¿ 
Vn  ^ercy 

Comme  de  fes  enfans  y  &  la  gloire  & 
ïhonneur. 
Isios  palmes  ont  porté  le  renom  de  nos 
armesy 

En  l'Orient  là  home  &  ïhonneur  de  leurs 
faiBsy 

Mais  ils  recognoijïront  aux  premieres  alar-- 
mes 

Queje  renom  nefl  pas  f  grand  cjue  nos  ef- 

^^  feóís. 

Ils  nom  cognu  nos  coeurs  ^que  par  la  re- 
nommée^ N 


9S 

L'acier  les  fera  mieux  recognoifire  en  leur 
flancy 

Et  nojlre  gloire  aux  leurs  fera  mieux  im- 
primée 

Lors  que  le  car  a  fier  e  en  fera  de  leur  fang. 
Mais  BcUçs  Vos  beaux  jeuxyiï Amour  les 
Vmes  fiâmes  y 

Serujronta  nos  cœurs  de  cœur  &  de  flam- 
beau 

Pour  dompter  aifemet  ces  indomptées  ames^ 

Et  donner  à  leur  gloire  Vn  glorieux  Tom- 
beau. 

'j4inf  par  Vos  beaux  yeux  r^ou^  aurons  la 
ViBoirCy 

Et  dompterons  leur  bras  aux  armes  indom- 
pte:. 

A  inf  parvos  beaux  yeux  s'ef^andra  noJIre 
gloire 

Dvndes  bouts  de  la  terrea  ï autre. extré- 
mité. 


99 

DEfia  la  nuid  s'en  alloit  quafî 
paiTee,  defrobantinfenfiblemét 
Tes  heures  à  toute  raiTemblée  ,  lors 
qu  après  le  combat  d Vn  à  vn ,  Ton  fc 
mefla  en  fouUe  trois  à  trois ,  cinq  à 
cinq.  L  adreiTe^lecourage^la  grâce  Se 
rhaleinecroiíToientauxTenátSjauec 
le  nombre  de  leurs  ennemis.  La  lu- 
mière des  flambeaux  s'augmentoit 
par  le  feu^  qui  lortoit  des  coups  don- 
nez furies  habiliemens  detell:e.  Les 
eilincelles  qui  en  voloient  iufques  au 
haut  de  la  Salle^^fembloiét  vn  éfclair, 
ôc  le  bruit  des  picques  &  des  efpées 
qui  fe  rompoient ,  les  efclats  d Vne 
çempefte.  En  fin  le  Roy  qui  fe  voulut 
rctirer^fit  ceifer  la  meilee^ayât  aprou- 
ue  ces  beaux  exercices^  comme  enne- 
mis de  Toifinete,  &  comme  figures 
des  combats ,  aufq  uels  s'il  y  a  plus  de 
gloire3Íl  y  a  auiTi  plus  de  meurtre.Le 
départ  du  Pvoy  fit  naiftrc  la  côfufion 

N    1  j 


100 

parmy  les  ténèbres ,  on  n'entendit 
plus  que  des  voix  confufes  d Vnc 
multitude  de  fept  ou  huict  mille  per- 
fonnes  ,  auec  le  bruit  des  carroces. 
Chacun  s'en  alloit  donnant  des  loua- 
ges aux  vns  &  aux  autres  :>  mais  tous 
vniuerfellement  defirant  que  fa  Ma- 
jefte  triomphante  partantdevi£toi- 
res^ay  ant  graué  fon  nom  en  lettres  de 
diamant  lur  le  front  de  reternité^ôc 
ne  pouuât  déformais  auoir  d  accroif- 
fement  à  fa  gloire ,  en  receuft  ^n  à  fes 
iours5&  4^1^  1^  Ciel  les  fifi:  autant  du- 
rer que  fa  renommée* 


F  I  N. 


Extrait  duPnuilege  du  Roy. 

PAr  grâce  &pnuilegc  du  Roy,  il  cft  permis  ï 
Iean  Gessilin,  marchand  Libraire  ca 
rVniueriîté  de  Paris,  d'imprimer,  ou  faire  impri- 
mer ce  prcfenc  liure,incitulc  le  B^omant  des  Che- 
naUers  de  Thrace^crc,  Et  font  faiàcs  defcnfcs  2 
tous  autres  Imprimeurs  &  Libraires,  d'imprimer 
ou  faire  imprimer,vendre  ny  diftribuer  ledit  liurc^ 
d  autre  impreiïîon  que  celle  duditGeirelin5&  ce 
iufques  au  temps  &  terme  de  dix  ans  finis  &  ac- 
complis, fur  peine  de  confifcation  defdics  liures 
par  eux  imprimez  ou  vendus,  &  de  tous  defpens, 
dommages  &intcrcfts  :  Comme  plus  amplement 
cil  contenu  audid  Priuilege.  Donne  à  Paris  le 
quinziefme  iour  de  Mars, l'an  de  gracci^05.  Par 
le  Roy  en  fon  Confcil, 

Alt^INQYST,